Kierkegaard et le stade esthétique

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Après la fiche sur Kierkegaard (La Philosophie de Kierkegaard), nous consacrerons 3 articles à sa philosophie des stades d’existence, en commençant bien sûr par le stade esthétique.

Kierkegaard, contre Hegel, a affirmé que l’existence de l’homme ne peut être systématisée, unifiée dans un système philosophique clos. Il a donc développé l’idée de stades
d’existence, dans lequel l’homme se meut librement, passant à son gré de l’un à l’autre.

Le stade esthétique représente la stade de la vie immédiate, non réflexive. Cette vie est fondée sur le lyrisme et l’imagination, comme l’incarne son personnage (Johannes) dans le Journal du Séducteur. L’esthète cherche à s’évader de la vie quotidienne, du prosaïque, en transcendant le réel. Son existence ne fait référence ni au Bien, ni au Mal, il vit en dehors des conventions sociales et morales admises.

1/ Kierkegaard et le désir :

Le principe régulateur de l’esthète est le désir, signe d’une recherche permanente de la jeunesse. Le désir n’est pas nécessairement associé chez Kierkegaard à l’amour physique, mais plutôt à la chair. L’amour est en effet le fondement du stade esthétique (Kierkegaard fait souvent référence à Don Juan qui, selon lui, spiritualise la chair). Mais cet amour est réflexion, esprit, idéalité.

L’esthète détient le démonique, c’est-à-dire l’explosion lyrique qui permet de s’arracher du réel. Pour autant Don Juan ne séduit pas (car il s’agit sans calcul, porté par le hasard), il désire sans arrêt, il est une machine à désirer.

L’esthète vit dans l’instant, dans le secret, dans le registre du sensuel. Il est un professionnel du désir, pleinement conscient de son but et de ses moyens (Johannes dit de Cordelia : “C’est cette fille-là que j’aime, celle-là seule qui doit être à moi, qui le sera“). Dès la première scène du Journal du Séducteur, Johannes a visé Cordélia, il ne déviera jamais de son objectif de séduction. Son but est de dégager les virtualités de la femme, libérer le démonique.

2/ Kierkegaard et la critique de l’érotisme :

Pour Kierkegaard, l’érotisme ne remplit pas la vie esthétique car :

- la passion place l’homme dans une position ridicule avec la femme, qui est un être dépourvu d’intérêt

- la passion supprime l’activité de la pensée (qui est la substance de la vie esthétique)

Ainsi, l’homme est l’absolu, la femme le relatif, une relation entre eux ne peut donc être qu’une plaisanterie. Leur relation ne peut être envisagée que sur le mode de la légèreté. En amour, l’homme reste réflexion alors que la femme continue de vivre sous des catégories esthétiques, d’où une incompréhension fondamentale, un malentendu irréductible, à la fois comique et tragique.

Qu’est-ce qu’aimer, selon Kierkeggard ?  “Vouloir ressembler à l’être aimé, ou sortir de son moi pour entrer dans celui de l’être aimé

L’érotique est celui qui sait aimer beaucoup de femmes sans se laisser abuser par elles : “La femme inspire l’homme tant qu’il ne la possède pas”

3/ Kierkegaard, l’ennui et la distraction

L’ennui constitue le point de départ de la vie esthétique. Car c’est seulement l’homme qui s’ennuie qui cherche à dépasser le réel. Le remède classique, romantique, est l’amour. Pour Kierkegaard, d’autres remèdes sont envisageables :

- l’illusion : elle consiste à se tromper soi-même

-  la mystification : elle consiste à tromper les autres

Kierkegaard prône le refus du mariage, car il réduit le désir à l’aspect biologique. La vie de l’esthète doit rester un jeu, afin de chasser l’ennui et la mélancolie.

4/ Kierkegaard et la séduction comme art suprême :

Séduire, c’est se libérer du poids du destin, composer une mélodie douce née d’une alliance de notre coeur et de celui des autres.

Mais séduire, reconnaît aussi Kierkegaard, se fait toujours aux dépens d’une femme qui souffre, érigée en victime. Ainsi Elvire, la conquête de Don Juan, vit une esthétique de la souffrance, quand Don Juan achève sa propre esthétique du désir.

Pour autant, la critique de la vie esthétique est évidente : Eros ne saurait remplir à lui seul une vie. L’existence esthétique est une existence dissolue, guidée par l’inquiétude et l’équivoque. L’esthétique, fondée sur la jouissance, impossible à maintenir durablement, conduit au désespoir.

La marche vers le stade éthique est amorcée.


Pour aller plus loin sur Kierkegaard :

Citations de Kierkegaard

Philosophie de Kierkegaard

 

4 Responses to Kierkegaard et le stade esthétique

  1. gontrand says:

    le journal du séducteur reste mon livre de chevet. tous les hommes, et surtout les femmes, devraient le lire. il évite d’avoir un regard naïf sur la séduction et l’amour. mais l’oeuvre de Kierkegaard reste très compliqué pour le reste

  2. [...] L’esthétique chez Kierkegaard [...]

  3. [...] Le Stade Esthétique [...]

  4. [...] les trois Critiques et dont Hegel dénonce le caractère abstrait ? Que dire de l’expérience esthétique de Kierkegaard éprouvant la difficulté d’aimer ? Que nous inspire cet autre stade si inesthétique traversant [...]

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