La démocratie et la torture


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La torture de Prométhée, le mythe de Prométhée
Les démocraties peuvent-elles utiliser tous les moyens pour se défendre ?

Non, selon le président Obama qui, après avoir fermé les prisons secrètes de la CIA dans lesquelles les terroristes soupçonnés étaient interrogés (torturés ?) en dehors de tout cadre légal, veut rendre public les noms des agents secrets ayant procédé à ces pratiques.

La semaine dernière, le New York Times a révélé tous les détails de ces tortures (“mémorandums sur la torture“), attestant du soutien de l’administration Bush (Cheney, Rize) à ces méthodes.
La torture dans les faits ? Khaled cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11/09, a subi la simulation de noyade (« waterboarding ») à 183 reprises en 2003 et Abou Zoubeida, suspecté d’être un membre d’Al-Qaida, 83 fois en 2002.

Revenons sur les enjeux posés par la torture.
En régime totalitaire, la question du recours à la violence ne se pose pas : l’Etat est tout, donc pas besoin de s’embarrasser des droits des citoyens ou de la justice internationale.
Mais en démocratie, cela se complique : l’administration Bush ou en son temps la République Française en Algérie se fondaient sur l’idée que la démocratie est un régime politique fragile car ouvert (cf. Karl Popper : La société Ouverte et ses ennemis), à la merci de ses ennemis intérieurs et extérieurs. En réponse à la violence de ses derniers, seule la violence peut la protéger croient-ils. La torture peut certes empêcher un attentat, déjouer les intentions du terrorisme mais ceci au prix d’une restriction des libertés de l’ensemble du corps politique.

Ils justifient ainsi, au nom de la démocratie et de la sauvegarde des libertés le recours à des pratiques anti-démocratiques (Patriot Act, enlèvements à l’étranger, détentions arbitraires, …). Une liberté retournée contre-elle même en quelque sorte.

Une démocratie attaquée est une démocratie renforcée

Notre nation est plus forte et plus sûre lorsque nous déployons à la fois la pleine mesure de notre puissance et la puissance de nos valeurs, y compris l’État de droit” a déclaré Obama.

Lorsqu’une démocratie est attaquée, ses partisans la défendent. Ainsi et de manière paradoxale, une démocratie fragile est une démocratie forte : elle trouve des défenseurs là où elle s’expose. Derrida (Voyous)appelle cela l’hospitalité démocratique. Une démocratie a plus à perdre à torturer ses ennemis qu’à s’exposer :

« Plus encore qu’une autre, […] une démocratie chrétienne devrait être accueillante aux ennemis de la démocratie, leur tendre l’autre joue, offrir l’hospitalité, donner la parole et le droit de vote aux anti-démocrates, ce qui est conforme à une certaine essence hyperbolique et plus auto-immunitaire que jamais de la démocratie même ».

La logique auto-immunitaire de la démocratie, selon Derrida, consiste à détruire « ses propres protections, à s’immuniser contre sa propre immunité » joue à plein dans la mesure où la démocratie s’expose, met sa vie en danger en « créant » ses propres ennemis, mais se renforce paradoxalement car accueillir ses ennemis pousse en même temps ses partisans à la défendre. Loin d’être indestructible, la démocratie trouve cependant des défenses là où elle abandonne des protections. Une démocratie qui succombe à la tentation de la torture renonce à être considérée comme telle.

2 Responses

  1. Anonymous says:

    les démocraties indestructibles ??? On croit rêver … Derrida a d’ailleurs revisé ses propos après le 11 septembreLes démocraties doivent tout faire pour se protéger de ses ennemis !!

  2. abdourahman says:

    I am juste one africaine and I have opinion of my beilinving as an black african.
    I excepte betere for the following second.

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