Proust : La recherche du Temps Perdu (résumé)

Résumé général des thèmes de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust

Résumer la philosophie de Proust est un défi, tant vastes sont ses références, complexe sa pensée et subtile son expression.

L’ensemble de la Recherche du Temps est une source de commentaire philosophique, mais Albertine Disparue, le 6ème tome de la Recherche, nous apparaît comme le plus riche de ce point de vue.

Albertine disparue (La fugitive) raconte une souffrance amoureuse : Albertine, qui vivait en concubinage avec le narrateur, le quitte et fuit son domicile. Le narrateur tente tout pour qu’elle revienne, en vain : ce non retour devient alors l’occasion pour Proust de décrire les ressorts du jeu amoureux (indifférence, chantage, comédie de la rupture,.. .). Plus tard, le narrateur apprend la mort accidentelle d’Albertine, mais en même temps qu’elle l’aimait toujours et souhaitait revenir.

La seconde phase de la souffrance amoureuse vient alors : après la douleur immédiate vient le travail de l’oubli et du deuil.

Ainsi, paradoxalement, Albertine disparue, qui semble relater une fuite, est l’histoire d’une captivité, celle du narrateur, accroche à ses souvenirs et emmuré dans sa mémoire amoureuse.

La subjectivité chez Proust :

«  Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore ! »

Cet incipit d’Albertine Disparue apparaît comme un défi au Connais-toi toi-même de Socrate, qui invitait les hommes à vivre en homme, autrement dit à se connaître en tant que sujet et à découvrir la vérité sur eux-mêmes.

Chez Proust, bien qu’il soit considéré comme l’écrivain de l’introspection, au contraire, la subjectivité est opaque à elle-même. Aveugle à soi-même et aux autres, la conscience avance dans l’inconnu, par touches successives. L’ego cogito n’est qu’une fiction inventée par les rationalistes pour se donner de la contenance : le narrateur pensait ne plus être amoureux d’Albertine, ce n’est que par son départ qu’il apprend son attachement. Le sujet s’ignore.

La femme chez Proust :

Qu’est-ce qu’une femme pour le narrateur, quand cette femme est Albertine ? L’objet de son désir. Chez Proust c’est le désir qui crée l’existence, Albertine n’existe que parce qu’il la désire. Son désir mort pour elle, Albertine cessera d’exister et le narrateur pourra entreprendre de reprendre sa vie en main :

« Et ce n’est pas seulement elle qui était devenue un être d’imagination c’est-à-dire désirable, mais la vie avec elle qui était devenue une vie imaginaire, c’est-à-dire affranchie de toutes difficultés de sorte que je me disais : ‘Comme nous allons être heureux ! » (citation de Proust)

Chez Proust, la femme est également le mystérieux, le fugace, l’insaisissable. L’identité d’Albertine est en effet précaire, polymorphe aux yeux du narrateur : derrière ceci, on peut y voir l’affirmation de l’impossibilité de la connaissance intersubjective. Connaître autrui, le saisir dans sa particularité, est impossible.  Et encore paradoxalement, les efforts du narrateur pour posséder ce qu’il ne comprend pas sont aussi forts que désespérés.

La Jalousie chez Proust :

Proust est sans doute le plus grand penseur de la jalousie. La jalousie proustienne est pathologique et se manifeste comme une phobie de l’abandon.

L’apport de Proust réside dans le fait que la jalousie n’est pas liée à l’être aimé, elle est un produit de l’imagination :

« Ma jalousie naissait par des images pour une souffrance, non d’après une probabilité […]. On a beau vivre sous l’équivalent d’une cloche pneumatique, les associations des idées, les souvenirs continuent à jouer »

C’est l’inconnu des pensées de l’autre, son insaisissabilité qui nourrit l’imagination et ce mal qu’est la jalousie :

« Ce n’est que du plaisir ressenti par soi-même qu’on peut tirer savoir et douleur »

Barthes résumait comme ceci la conception de la jalousie chez Proust : « Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l’être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l’autre, parce que je me laisse assujettir à  une banalité. Je souffre d’être exclu, d’être agressif, d’être fou, et d’être commun »

Le temps chez Proust : 

Chez Proust, le temps est hautement subjectif et fait écho à la conception du temps chez Bergson (temps vécu contre temps objectif) : le temps de la conscience est en réalité extra-temporel.

« Une heure n’est pas une heure, c’est un vase rempli de parfums, de projets et de climats… »

A propos du sommeil, Proust dit encore : « l’autre vie, celle où on dort, n’est pas soumise à la catégorie du temps «

Le rapport passé/présent chez Proust est également connu : la célèbre madeleine, révélateur de la conscience affective, fait exister la coprésence du passé et du présent, du souvenir et de la perception. Cette madeleine révèle aussi une conception passive de la subjectivité, qui est affectée par le temps via cette mémoire involontaire.

Albertine vivante mais partie, elle est une absence-présence : c’est n’est qu’une fois Albertine morte que le narrateur peut s’en libérer, devenant ainsi une absence-absence pleine. Le Temps est avec lui, même si là encore le rôle du temps est double : adjuvant et opposant.

« C’est le malheur des êtres de n’être pour nous que des planches de collection fort usables dans notre pensée ».

Une fois à Venise, Albertine surgit et disparaît à la fois : le narrateur revit Albertine mais sous une forme différente, comme une partie de lui-même, son souvenir faisant désormais partie de son identité : il la porte en lui comme il porte en lui le souvenir de la madeleine :

« Je sentais qu’Albertine d’autrefois, invisible à moi-même, était pourtant enfermée au fond de moi comme aux “plombs” d’une Venise intérieure, dont parfois un incident faisait glisser le couvercle durci jusqu’à me donner une ouverture sur ce passé »

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5 Responses

  1. Anonymous says:

    c’est un bon roman .

  2. Etienne G. says:

    Merci de figurer Fragments d’un discours amoureux dans cette analyse très juste.

  3. oui_mais(8 mai) says:

    LE temps perdu,le temps imaginé,PROUST balisait ce temps de son mieux,par sa préféré ,mais le temps est insaisissable.

  1. 16/01/2012

    [...] 3. La Recherche du Temps Perdu – Proust [...]

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