La télévision et la démocratie

La télévision et les philosophes font habituellement mauvais ménage. La diabolisation de ce média a débuté dans les années cinquante (autrement dit dès la naissance du petit écran) sous l’impulsion de l’école de Francfort (Adorno et Horkheimer) et n’a presque pas cessé depuis.

Deux auteurs, Dominique Wolton, sociologue, et Gilles Lipovestsky, philosophe, ont tenté de briser ce diktat intellectuel, et défendent la compatibilité de la télévision avec la démocratie, c’est-à-dire avec un citoyen critique, libre et actif. Dans “Faut-il brûler les médias?”, Lipovestsky, répond aux critiques attribués à la télévision.

La télévision, vecteur de la liberté de penser

Le premier grief adressé à la télévision est de transformer les individus en « citoyens standards » , de réduire les individus en purs produits uniformes. Certes, admet-il, elle a généré une homogénéisation des comportements et des pensées, mais cette massification du public est contrebalancé par la diffusion d’une morale fondée sur l’autonomie, qui a permis aux individus, non de devenir un simple exemplaire des autres, mais de se libérer des classes et des traditions qui pesaient sur eux.

Les médias, et notamment la télévision, ont privatisé les comportements et les jugements, et ont finalement favorisé la liberté de penser. Au point que G. Lipovetsky juge les médias comme la poursuite du processus des Lumières. Certes, mais il reste à savoir si cette « contribution à l’avènement historique d’une nouvelle culture individualiste » n’est pas allé en réalité de pair avec la privatisation de la raison. En effet, la liberté de penser encouragée par les médias semble être un usage purement privé de la raison, ce qui est un déni du principe de publicité. Kant fondait l’espace public sur l’usage public de la raison : quelles sont donc les conséquences de cette privatisation de la raison sur la vigueur de l’espace public ?

Le téléspectateur-réceptacle

Le deuxième reproche fréquent est celui de la passivité qu’entraînerait la télévision. Pour G. Lipovetsky, il existe une activité, ou plutôt une réactivité du téléspectateur. Le sensationnalisme, l’exacerbation des peurs et des fantasmes collectifs, souvent pratiqué par les médias, renferment une positivité : il est possible de les considérer comme « ce qui [poussent] les individus à réagir, à protester, autrement dit à se poser en acteurs » , favorisant alors « les mobilisations et protestations des consommateurs et des citoyens ». D. Wolton a également souligné, dans plusieurs ouvrages, l’autonomie du public à l’égard des messages diffusés par la télévision. Selon lui, l’individu sait établir une distance, voire une résistance face à ces derniers . On a souvent dit que l’usage quotidien de la télévision, de même que la répétition des mêmes images (le « matraquage »), produit une banalisation, une sorte de naturalisation du monde qui enlèverait toute capacité critique à son égard. A cela D. Wolton rétorque, contre ce qu’il appelle le « conformisme critique » des élites, que l’individu, doué d’un sens critique, met celui-ci précisément à l’œuvre dans son utilisation journalière de cet instrument. La relation entre télévision et récepteur ne se ferait pas sur le mode de l’unilatéralisme mais sur celui de l’interactivité. Ce média contribuerait à la construction d’une culture critique. Cependant, le sensationnalisme semble bien plutôt à double tranchant : si l’on prend l’exemple de la campagne présidentielle de 2002, menée sur le thème de l’insécurité, il est possible de se demander si la « réaction » des citoyens ne s’est pas révélée être une manipulation d’une partie des médias plus qu’une campagne d’information. Autre exemple : les images de guerre, mises en scènes par les médias, et passant en boucle sur les chaînes conduisent plus les citoyens au fatalisme, et donc à la passivité qu’à la mobilisation. La réaction face à la télévision semble donc devoir être nuancée.

Télévision et lien social

La troisième critique faite à la télévision est celle d’isoler les individus, de détruire les liens sociaux. Selon G. Lipovetsky et D. Wolton, elle ne nie aucunement l’intersubjectivité : « on ne regarde pas seulement les programmes ; on en parle » . Regarder la télévision est une « participation libre et individuelle à une activité collective » . Elle serait ainsi un instrument de lutte contre l’individualisme. Le problème est que la discussion n’aura lieu que dans le cadre de la sphère d’intimité : c’est ainsi toujours l’usage privé du raisonnement que la télévision favorise, et non son usage public.

Télévision et politique

Le quatrième argument utilisé contre la télévision consiste à lui reprocher de « dépolitiser la politique » . G. Lipovetsky ne le croit pas. Par la diffusion de débats et l’omniprésence des leaders politiques, la télévision créent des figures médiatiques qui permettent aux électeurs de se reconnaître en eux, et partant, de s’intéresser à la politique. Cette neutralité permettrait aux individus de se forger librement leur opinion. Ceci signifie l’emprise des techniques de communication sur l’espace public politique, laquelle pervertit le vote de l’électeur qui votera alors plus pour une personne que pour un programme. A cela s’ajoute, nous dit G. Lipovetsky, la réalité de la neutralité des chaînes de télévision à l’égard des partis. Argument qui semble discutable au regard des nombreuses connivences existantes entre les personnalités politiques et le monde des médias, qui ont pour effet de biaiser le jugement du public. Cette neutralité est sans doute plus affichée que pratiquée. La télévision réaliserait, selon D. Wolton, l’idéal démocratique, puisqu’elle offre à tous l’accès à l’information, condition sine qua non de l’exercice des droits du citoyen. Elle permettrait au citoyen spectateur de « décoder le monde » .

Conclusion

Deux questions restent entières : est-ce le rôle de la télévision ? N’est-ce pas lui attribuer une responsabilité qu’elle ne saurait endosser ? Si oui, le problème de la qualité de l’information surgit : si celle-ci est mauvaise, qu’elle soit fausse ou partielle, la télévision ne devient-elle pas alors un miroir déformant du monde ?

 

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6 Comments

  1. says: Anonymous

    la télévision démocratique ??on se frotte les yeux tellement c'est bêtelipovestsky et wolton sont des sociologues du spectacle (relisez debord)Marx dirait que la télé rend passif, car c'est un instrument de manipulation, un instrument de domination de la class dominanteregardez la diversité dans le médias …

  2. says: Carole

    La télévision est loin d’être ce qu’elle aurait pu devenir, c.à.d. une technologie permettant la diffusion de la connaissance à une large échelle et donc par le fait même, un instrument de réelle démocratie et de réels progrès de ‘l’humanité’ dans le sens strict du terme et antonyme d’inhumanité. Cependant, elle sert surtout, à quelques exceptions près,les intérêts des dominants, elle abêtit plus qu’elle n’éveille et procure, tel un analgésique qui endort le mal, le faux sentiment de sécurité et confiance de celui qui se croit bien informé.
    Il y a bien entendu des exceptions qui s’additionnent en un faible pourcentage des contenus télévisés…mais il faut de bons yeux pour trouver le blé parmi l’ivraie!

  3. says: Adamaris

    Nicolas Sarkozy s’engageait e0 supprimer les doirts de succession de 95% des me9nages dont le patrimoine re9sulte du travail, apre8s impf4t paye9. Les 95% dont parle Madame Lagarde sont en re9alite9 95% des he9ritiers dans le cercle familial. Ce n’est pas la meame chose. La promesse de N.Sarkozy incluait les he9ritiers hors ligne directe, or ils ont e9te9 exclus. Pour neveux/nie8ces le re9sultat est une minime baisse des doirts. Pour les parents e9loigne9s ou les non parents les doirts demeurent 60%.

  4. says: Adrienne

    Nous avons vendu la masoin de ma me8re qui est en masoin de retraite. Une partie de la vente va eatre transforme9e en assurance vie. Le restant peut eatre partage9 entre ses trois enfants ( environ 60000€). Elle est e2ge9e de 94 ans. Quelle est la meilleure formule pour nous transmettre son patrimoine: une donation manuelle ou une donation part age devant notaire.Merci

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