Nietzsche : l’oubli, condition du bonheur


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Contre la tradition philosophique classique, que l’on peut qualifier d’hypermnésique, Nietzsche pose, contre Platon et la théorie de la réminiscence, que l’oubli a une positivité, qu’il est même une condition sine qua non du bonheur : oublier, c’est se libérer du passé, donc pouvoir agir. Une conscience nostalgique, grosse du passé est renvoyée selon Nietzsche à la paralysie.

“Tout acte exige l’oubli” : Extraits de Nietzsche

Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation

NietzscheConsidérations inactuelles

L’oubli n’est pas seulement une vis inertiae, comme le croient les esprits superficiels ; c’est bien plutôt un pouvoir actif, une faculté d’enrayement dans le vrai sens du mot, faculté à quoi il faut attribuer le fait que tout ce qui nous arrive dans la vie, tout ce que nous absorbons se présente tout aussi peu à notre conscience pendant l’état de « digestion » (on pourrait l’appeler une absorption psychique) que le processus multiple qui se passe dans notre corps pendant que nous « assimilons » notre nourriture. Fermer de temps en temps les portes et les fenêtres de la conscience ; demeurer insensibles au bruit et à la lutte que le monde souterrain des organes à notre service livre pour s’entraider ou s’entre-détruire ; faire silence, un peu, faire table rase dans notre conscience pour qu’il y ait de nouveau de la place pour les choses nouvelles, et en particulier pour les fonctions et les fonctionnaires plus nobles, pour gouverner, pour prévoir, pour pressentir (car notre organisme est une véritable oligarchie) voilà, je le répète, le rôle de la faculté active d’oubli, une sorte de gardienne, de surveillante chargée de maintenir l’ordre psychique, la tranquillité, l’étiquette. On en conclura immédiatement que nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans faculté d’oubli“.

Nietzsche – Généalogie de la morale

 De l’oubli au bonheur

Dans ses Considérations inactuelles, Nietzsche suggère qu’une vache ne connaît ni l’ennui ni la douleur, elle est incapable de se souvenir. Cet exemple tend à montrer que l’oubli n’est pas une simple “perte” de souvenir, mais un acte actif, portant en lui une puissance de libération. Bien sûr, l’amnésie complète serait aussi néfaste qu’une hypermnésie : Nietzsche affirme que le rapport au passé doit être équilibré : véritable tri sélectif , l’oubli doit rationaliser notre relation au passé, laissant de côté tout ce qui peut troubler la paix du moment.

Oublier, c’est aussi devenir a-historique : chez Platon, l’oubli était un scandale moral et philosophique, que la maïeutique cherchait à réparer. Chez Nietzsche, au contraire, l’histoire, au niveau des peuples empèse leur liberté à créer : l’histoire n’est pas, comme le veut Hegel dans la Raison dans l’Histoire, ou Marx dans le Manifeste, un principe d’unité, mais poids commun, pesanteur collective empêchant les peuples de se déterminer d’eux-mêmes. Le sens ne s’hérite pas, il s’invente. Tant au niveau collectif qu’individuel. C’est la leçon de la philosophie de Nietzsche, qui fait de l’oubli le pivot du bonheur.

A noter : cette théorie a été illustrée au cinéma dans le superbe Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.

 

 

 

4 Responses

  1. Anonymous says:

    VERY WELL THIS ACTION OF NIETZTCHE SPEAKING OF TO FORGIVE . WHY ? BECAUSE THIS ACTION PERMIT THE LIBERATION OF THE PSYCHIC OF HUMAN . THE PAST RELATION WITH YOUR FRIEND OR YOUR SISTER’ S WHICH WAS VERY BAD AND MADE THE BIG PROBLEM WITH THIS PERSONS BY THE ACTION OF TO FORGIVE , THERE IS A GOOD RELATION WITH THIS PERSONS .

  2. Rosita says:

    Hello colleagues, how is all, and what you
    wish for to say regarding this paragraph, in my view its
    truly amazing in support of me.

08/11/2012

[…] bonheur, en philosophie, peut se définir comme l’état de complète satisfaction. Dans la […]

  • 17/12/2012

    […] de la stabilité de l’individu, Eternal Sunshine etaie la thèse de Nietzsche selon laquelle l’oubli conditionne le bonheur et est donc vital pour l’homme car la mémoire, et en corollaire les souvenirs qu’elle […]

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