Sartre et Dieu: l’existentialisme athée

On présente trop souvent l’existentialisme comme un ensemble homogène. En réalité, il faut parler des existentialismes : celui de Sartre n’est pas celui de Kierkegaard, comme il n’est pas non plus celui de Jaspers ou de Blaise Pascal. Une des grandes lignes de fracture entre ces penseurs est la rapport à Dieu. Certains, comme Pascal, Jaspers et Kierkegaard pense la finitude humaine accompagnée de la présence de Dieu. Chez d’autres, comme Heidegger, Sartre ou De Beauvoir refusent toute possibilité de l’existence de Dieu.

Cet article ne vise pas à épuiser la question de Dieu dans l’oeuvre de Sartre, mais à présenter les principales idées du plus célèbre des athées du XXème siècle.

Qu’est-ce que l’homme ?

Sartre, dans sa conférence L’existentialisme est un humanisme a défini son athéisme :

“L’existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après.”

Dostoievsky avait écrit: «Si Dieu n’existait pas, tout serait permis». C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas d’excuses. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté”

“Dieu, c’est la solitude des hommes… Si Dieu existe, l’homme est néant”

L’homme, ce néant à inventer

La première question posée par Sartre est : qu’est-ce que l’homme ? Il répond que l’homme n’est rien, “rien” au sens où c’est à l’homme lui-même de se définir. C’est grâce au néant que la condition humaine, en tant que liberté, peut être. L’existence, nous dit Sartre, précède l’essence. Affirmer l’inverse revient à réintroduire Dieu. Notons au passage que le “Dieu” de Sartre est celui des philosophes (Descartes, Spinoza, etc.) : autrement dit, le créateur de l’univers, omnipotent et omniscient.

Si un tel être existait, alors l’existence de cet être précéderait l’existence de l’homme; et les êtres humains seraient par conséquent son œuvre et leur finalité serait dictée par Dieu. Sartre refuse cette conception : la signification est une création purement humaine. Si l’homme a un dehors, une nature, alors il sera impossible de donner un sens à son existence. Par définition même, son existence deviendrait une essence. L’homme est-il alors sans boussole pour agir, sans morale ? Oui. Aucune morale prédéfinie ne saurait lui être imposée. Charge à lui de définir ses propres valeurs, dans un univers de liberté pure et de contingence. C’est la condition de la dignité humaine.

 

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3 Responses

  1. Anonymous says:

    Objets d’étude de philosophies

  2. Anonymous says:

    Que faut il pour devenir philosophe?

  3. aliou ba says:

    Que faut il devenir philosophe

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