Traité sur la nature humaine de Hume (résumé)


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Le Traité sur la nature Humaine, publié par le philosophe anglais David Hume en 1739, est l’œuvre d’un génie précoce (Hume a 28 ans !). Le Traité ambitionne de penser à nouveaux frais trois domaines de la pensée :

– l’entendement et les limites de ses connaissances (épistémologie),

– la nature des passions, des émotions et de la liberté (subjectivité),

– une nouvelle théorie de la morale (éthique)

La structure de l’œuvre révèle très clairement ces trois objectifs. A l’issue de son traité, Hume aura révolutionné l’épistémologie, fondée sur l’empirisme et le scepticisme, et la morale, découlant des capacités de connaissance de l’homme et non plus de la religion.

Livre I du Traité de la nature Humaine: De l’Entendement

Hume plaide pour l’empirisme, théorie selon laquelle la prémisse de toutes nos connaissances est fondée sur nos expériences et nos sens. C’est à partir de ce postulat que Hume examine plusieurs concepts philosophiques. Tout d’abord, Hume démontre que toutes nos idées complexes sont formées à partir d’idées simples, elles-mêmes formées à partir d’impressions reçues via nos sens. Par conséquent, les idées ne sont fondamentalement pas différentes de l’expérience.

Deuxièmement, Hume définit “les questions de fait” (matter of fact) comme des questions devant être vécues, et non raisonnées. Hume s’attaque ainsi aux systèmes métaphysiques qui cherchent à prouver l’existence de Dieu ou de l’âme. Hume refuse de les considérer comme des connaissances puisque l’homme n’en a aucune expérience, autrement dit nous ne recevons aucune impressions d’elles. Par conséquent, il est impossible de dire ou de croire que l’âme ou Dieu sont vraies.

Hume introduit deux de ses trois outils de recherche philosophique, le “microscope” et le “rasoir”. Le microscope consiste à décomposer une idée complexe en idées simples pour mieux la comprendre. Si l’une de ces idées simples est encore difficile à comprendre, nous devons l’isoler et reconstituer l’impression qui l’a fait naître. Le rasoir pose le principe selon lequel si un concept ne peut être relié à une idée simple analysable, alors que ce concept n’a pas de sens. Hume utilise le principe du rasoir pour attaquer les concepts abstraits de la religion et de la métaphysique.

En dépit de son apparente hostilité aux idées abstraite, Hume soutient cependant que l’esprit forme naturellement des associations entre les idées et les impressions similaires dans l’espace et le temps. Ainsi, une boule de billard que l’on effleure se meut à chaque fois. L’esprit associe ainsi choc et mouvement. Deuxième exemple : l’esprit associe chaque jour au lever du soleil car aucun jour n’a commencé sans lever de soleil. L’association désigne donc le processus par laquel l’esprit parvient à anticiper des événements particuliers à partir de leur association avec des événements passés.

Le troisième outil philosophique de Hume est la «fourche» : cet outil désigne le principe selon lequel les vérités peuvent être divisées en deux types. Le premier type de traite de la vérité des relations d’idées, comme les énoncés vrais en mathématiques. Ces sortes de vérité sont nécessaires et universels. Le deuxième type de vérité renvoie aux questions de fait, relatives aux choses qui existent dans le monde, lesquelles sont contingentes et particulières.

Hume s’inspire de l’empirisme développé par Locke et Berkeley : comme Hume, Locke nie l’existence des idées innées, divisant les sources de nos idées en deux catégories : celles qui dérivent de la sensation et celles issues de la réflexion. La réfutation de la véracité des idées abstraites prend sa source chez Berkeley, lequel affirme que l’idée provient toujours d’une expérience.

Livre II du Traité de la nature Humaine: Des Passions

Hume classe les passions de la même manière que les idées, : il distingue les impressions originales des impressions secondaires. Nous recevons les impressions originales à travers les sens. Ils sont internes et prennent la forme de plaisirs ou de douleurs physiques. Les impressions secondaires sont toujours précédées d’une impression originale ou d’une idée. Les passions, selon Hume, appartiennent au domaine des impressions secondaires. Hume distingue également les passions directes, comme le désir, l’aversion, de chagrin, la joie, l’espérance et la crainte, des passions indirectes, telles que la fierté, l’humilité, l’amour et la haine. Hume distingue ensuite entre la cause et l’objet des passions.

Mais la révolution morale de Hume réside en ceci : selon lui, la morale ne doit pas être fondée sur la raison. Les croyances concernant les causes et les effets sont des croyances sur les connexions entre les objets. Notre croyance en de telles relations peut affecter nos actions que si les objets ont un intérêt particulier pour nous, autrement dit si ils nous procurent du plaisir ou de la douleur. Ainsi, ce n’est pas la raison, le raisonnement qui nous fait agir, mais le plaisir et la douleur, l’expérience en un mot. Les passions ne sont pas plus raisonnables ou déraisonnables, parce que les passions n’ont plus rien à voir avec la raison. Ce sont des sentiments qui forment les actions : la raison est et doit être l’esclave des passions.

Livre III du Traité de la nature Humaine : De la Morale

La morale de Hume découle naturellement des acquis des deux premiers livres sur la connaissance et sur les passions. Hume tente de faire la distinction entre le vice et la vertu, en faisant valoir que ces distinctions morales sont en fait des impressions plutôt que des idées. Tout d’abord, l’impression du vice est la douleur, tandis que le plaisir est celle de la vertu. Deuxièmement, les impressions morales sont causées uniquement par les actions humaines, et non les actions des animaux ou des objets inanimés. Troisièmement, les impressions morales sont à considérer à partir d’un point de vue social, car nos actions sont considérées comme morales ou immorales selon qu’elles affectent ou non les autres. Ce concept conduit Hume à faire de la sympathie le fondement de l’obligation morale.

La moralité d’une action ne provient pas de sa rationalité : l’’exemple de l’homme qui aimerait mieux voir le monde entier détruit plutôt que de supporter une égratignure sur son doigt en témoigne. Hume affirme que cet homme n’est pas en contradiction avec lui-même, et sa justification est personnelle. La morale n’est donc ni universelle ni éternelle.

 

4 Responses

  1. Thibault says:

    Par précision, on préférera dire que David Hume est écossais.

  2. Antony says:

    merci pour ce résumé, son oeuvre est fastidieux à lire

  1. 06/02/2013

    […] Hume : “Par connaissance, j’entends la certitude qui naît d’une comparaison d’idées” (Traité sur la nature humaine) […]

  2. 08/03/2013

    […] Hume : “Par connaissance, j’entends la certitude qui naît d’une comparaison d’idées” (Traité sur la nature humaine) […]

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