Truman Show (Analyse)


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Le monde existe-t-il ? Le réel est-il une illusion ? C’est à ces questions, d’ascendance cartésienne, que The Truman Show ambitionne de répondre.

Au sein de cette immense décharge qu’est l’industrie culturelle hollywoodienne, on s’attend peu à trouver un film aussi riche que The Truman  Show.

Ce film raconte l’histoire d’un homme, Truman Burbank (joué par Jim Carrey), né et élevé (au double sens) à l’intérieur d’un gigantesque studio de télévision crée pour ressembler à la vraie vie. Truman pense que son petit monde est la totalité du monde. L’illusion est maintenue par son entourage : sa «mère», sa «femme» ou son «meilleur ami», tous acteurs, conspirent contre Truman. Imaginé par un producteur mégalo, Christof (joué par Ed Harris), ses faits et gestes sont filmés en permanence par 5 000 caméras. Ces images sont l’objet d’un show télé à succès.

Mais peu à peu Truman vient à douter de la véracité de son monde. Le final du film, montrant le héros aux prises avec la vérité (qu’il finira par choisir), est mémorable.

La question du scepticisme ou le malin génie

C’est Descartes, à la suite des Grecs du courant sceptique, qui a posé les jalons modernes du doute. Dans ses Méditations, Descartes invoque l’idée d’un mauvais génie – un être omnipotent, mais malin dont le seul but est de nous tromper. Compte tenu de la possibilité logique qu’une telle créature existe, comment pouvons-nous être certains que nos croyances sur le monde ne sont pas fausses ? Comment pouvons-nous être certains que nous ne sommes pas dupés ? Christof représente ce malin génie, l’organisateur de la grande illusion. Or, en l’état actuel des technologies, un tel show télé est-il si inenvisageable ? Quelle valeur accorde-t-on encore à la vie privée ?

La Caverne et la société du spectacle

Dans la Société de Consommation, Debord indique que les sociétés modernes arrivent à désamorcer les critiques en les intégrant au système, ce qu’il appelle la critique spectaculaire du spectacle. Les intellectuels pourfendent les méfaits de la télé sur les plateaux, les journalistes dénoncent la presse dans les journaux, etc. Ainsi, lorsque Truman rassemble son courage et embarque sur un bateau pour s’échapper, Christof l’intègre ce drame au show. Même la vérité fusionne avec l’illusion. Mais c’est finalement à la Caverne de Platon que ressemble le plus le Truman Show : enchaîné au fond de la Caverne, Truman vit d’illusions. C’est en regardant au dehors qu’il découvre la vérité, celle de sa manipulation. Et comme les esclaves platoniciens libérés, Truman a d’abord du mal à supporter la vérité. Une fois dehors, c’est au sage Truman Burbank qu’il incombe de libérer les autres esclaves, à savoir nous tous, de l’emprise de la télévision.

“Le monde est une scène”, nous disait Shakespeare.

 

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