Aristote : L’Ethique à Nicomaque

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Analyse & Résumé de l’Ethique à Nicomaque

L’Ethique à Nicomaque d’Aristote est le livre le plus influent de la philosophie morale, qui est une suite de La Politique tant la morale est politique chez Aristote. Ce livre ne se résume, ni ne se commente facilement car de Kant à John Rawls, tous les philosophes ont discuté avec Aristote sur la question de la vie bonne et celle du bonheur.

En bref, Aristote pose la question de la vertu : Comment doit-on agir ? L’homme, selon lui, doit agir selon la raison (la vie contemplative). La morale d’Aristote est une philosophie de l’action, du résultat (“le bien, c’est la fin”), et non de l’intention, comme plus tard chez Kant.

Une des citations majeures d’Aristote issues de l’Ethique est : “Celui qui ne peut pas vivre en société, ou qui n’a besoin de rien parce qu’il se suffit à lui-même, ne fait point partie de l’Etat; c’est une brute ou un dieu

Aristote et le but de la vie

Aristote pose que le Bien est le but suprême de la vie, et le Bien est l’objet de la Politique :

Et puisque la Politique se sert des autres sciences pratiques et qu’en outre elle légifère sur ce qu’il faut faire et sur ce dont il faut s’abstenir, la fin de cette science englobera les fins des autres sciences ; d’où il résulte que la fin de la Politique sera le bien proprement humain Même si, en effet, il y a identité entre le bien de l’individu et celui de la cité, de toute façon c’est une tâche manifestement plus importante et plus parfaite d’appréhender et de sauvegarder le bien de la cité : carie bien est assurément aimable même pour un individu isolé, mais il est plus beau et plus divin appliqué à une nation ou à des cités.Voilà donc les buts de notre enquête, qui constitue une forme de politique

Aristote et les formes du bonheur :

Le philosophe stagirite distingue 3 formes de bonheur : le plaisir (vie selon le corps), la politique (vie selon la rhétorique et l’honneur) et la méditation (vie selon la raison).

Aristote établit une hiérarchie entre ces 3 formes de vie :

  • 1/ la recherche du plaisir est une forme de “vie bestiale”, ramenant à l’homme à son état primitif, pré-civilisationnel.
  • 2/ De même, Aristote condamne la vie fondée sur l’honneur car cette vie dépend des autres, du mérite que nous attribue autrui. La vie par l’honneur place le bonheur en dehors de soi. Or, le vrai bonheur doit être autonome, il ne doit dépendre que de soi. De plus, l’honneur est éphémère, alors que le bonheur doit être durable.

l’honneur apparaît comme une chose trop superficielle pour être l’objet cherché, car, de l’avis général, il dépend plutôt de ceux qui honorent que de celui qui est honoré ; or nous savons d’instinct que le bien est quelque chose de personnel à chacun et qu’on peut difficilement nous ravir

  • 3/ Seule la vie contemplative peut contenter le sage car elle permet de vivre selon la raison, en harmonie avec la nature de l’homme et celle de l’univers.

Le bonheur pour Aristote n’est pas un bien parmi d’autres, il est le Souverain Bien, le guide de toutes nos actions ?

Nous ajouterons que le bonheur est aussi la chose la plus désirable de toutes, tout en ne figurant pas cependant au nombre des biens, puisque s’il en faisait partie il est clair qu’il serait encore plus désirable par l’addition fût-ce du plus infime des biens : en effet, cette addition produit une somme de biens plus élevée, et de deux biens le plus grand est toujours le plus désirable. On voit donc que le bonheur est quelque chose de parfait et qui se suffit à soi-même, et il est la fin de nos actions

Aristote, la richesse et l’argent :

L’argent ne saurait être un but de la vie, elle ne peut être qu’un moyen. La richesse est rangée dans la catégorie de l’utile, et non du nécessaire : “la vie de l’homme d’affaires c’est une vie de contrainte, et la richesse n’est évidemment pas le bien que nous cherchons : c’est seulement une chose utile, un moyen en vue d’une autre chose

Comment accéder au bonheur ?

Le bonheur résulte d’une activité conforme à la vertu. Point de destinée ou de hasard heureux, donc. L’homme est totalement responsable de son bonheur. La vertu doit être pratiquée de manière continuelle, et non pas épisodique. La vertu est un acte, pas un être. Au fond, l’homme doit développer l’habitude de bien agir, développer le potentiel moral qu’il détient en puissance (différence acte/puissance récurrente chez Aristote) :

La vertu est de deux sortes, la vertu intellectuelle et la vertu morale. La vertu intellectuelle dépend dans une large mesure de l’enseignement reçu, aussi bien pour sa production que pour son accroissement ; aussi a-t-elle besoin d’expérience et de temps. La vertu morale, au contraire, est le produit de l’habitude

Aristote et la morale du juste milieu :

Le guide pratique d’Aristote suit une règle simple : éviter les excès, suivre le juste milieu. Courage, tempérance, prudence, libéralité, grandeur d’âme, douceur forment les traits de caractère du sage aristotélicien.

Aristote et la justice :

Aristote distingue deux aspects de la notion de justice : une justice individuelle, qui dépend d’autrui et une justice globale et communautaire. La première est une vertu ; la seconde concerne les lois et relève de la raison. D’idéale, la justice devient ainsi politique. Aristote dit de la diké (« justice ») qu’elle est l’ordre objectif de la communauté politique. L’injuste diffère du juste par le fait que ce dernier est « ce qui produit et conserve le bonheur et ses parties pour la communauté politique ». Une communauté injuste ne peut être heureuse, autrement dit.

Aristote ne reprend pas seulement l’idée de Platon (dans La République) selon laquelle la justice est la vertu principale. Pour lui : « La vertu de justice est la vertu par laquelle l’être humain accomplit sa finalité éthique ». Au contraire de Platon, il fait dépendre cette vertu d’une situation et, en conséquence, d’éléments extérieurs à l’action de l’homme vertueux. Si pour Platon la justice consiste à donner à chaque partie de la société (et à chaque homme) la place qui lui revient dans le tout, pour Aristote elle revient à conformer nos actions aux lois afin de conserver le bonheur pour la communauté politique : « le juste est le bien politique, à savoir l’avantage commun ».

La justice, avec Aristote, devient politique et réaliste.

Aristote et l’amitié :

Elle est ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre. Car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens“.

Aristote distingue 3 sortes d’amitiés : l’intérêt, le plaisir ou la vertu.

Bien sûr, seule l’amitié fondée sur la vertu est véritable, car les détenteurs de la vertu, étant bon lui-même, est bon pour les autres, et agréable par voie de conséquence. Ce type d’amitié durable et parfaite ne convient qu’aux hommes de bien :

L’amitié est donc surtout celle des gens vertueux

Ce rapport humain est relié à la forme de la communauté politique chez Aristote. En effet, seule la République est un régime de vertu. Or, l’amitié instaure et repose un rapport de bien entre les individus. Donc, l’amitié ne peut s’épanouir qu’en République, et à l’inverse, seule la République peut faire naître des amitiés vraies.

Conclusion sur l’Ethique d’Aristote :

L’éthique à Nicomaque d’Aristote est donc un grand livre, qu’il faut relire, parce qu’il parvient à penser le bonheur individuel en rapport avec le bonheur de la Cité.

 

Pour aller plus loin sur Aristote et l’éthique à Nicomaque :

la Politique chez Aristote 

– La Philosophie d’Aristote

– L’homme est un animal politique 

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