Commentaire de Philosophie : La Méthode

Voici notre guide de conseils pour le commentaire de texte (aussi appelée “explication de texte”) pour la redoutée épreuve du philosophie au bac.

Introduction au commentaire en philosophie

Le commentaire doit être une analyse argumentée d’un extrait d’oeuvre d’un philosophe célèbre (Descartes, Kant, Platon, ou Nietzsche par exemple).

Voici 5 astuces pour réussir au mieux cette épreuve :

  1. définissez les termes clés du texte (les concepts principaux du texte)
  2. essayez de montrer que vous connaissez l’auteur et son courant philosophique si possible. Si vous ne connaissez pas l’auteur, tentez de le rattacher à son courant philosophique (idéalisme, existentialisme, empirisme, …)
  3. essayez de situer le texte dans son contexte historico-philosophique (par exemple, si le texte est de Sartre et porte sur la guerre, une analyse du contexte de la Seconde guerre mondiale est utile)
  4. citez le texte ou le passage que vous analysez, en permanence
  5. si l’auteur critique d’autres philosophes, essayez de les identifier

Les différences entre commentaire et dissertation

Le commentaire de texte est toujours le troisième sujet possible lors du bac philosophie. Il est donc impératif d’en maîtriser la méthode et la structure. Ce, pour plusieurs raisons :

  • Les deux sujets de dissertation peuvent vous rebuter. Il ne faudrait surtout pas que vous rendiez une copie blanche pour la première fois le jour du bac.
  • Sachez aussi que la moyenne des notes au commentaire de texte est plus faible que pour la dissertation. Soyez donc bien sûr de votre choix.
  • Plus aisé en apparence, le commentaire de texte est en fait plus compliqué que la dissertation car les correcteurs suspectent souvent les élèves choisissant le 3ème sujet de paresse intellectuelle et sont donc plus sévères.

Quand faut-il choisir le commentaire ?

Avant de choisir définitivement le texte, lisez au moins 5 fois le texte. Les éléments suivants doivent vous permettre de choisir ou non le commentaire philosophique :

  1. Quand vous comprenez les termes du textes (si le texte parle d’onto-théologie et que vous ignorez sa signification, reportez-vous sur la dissertation)
  2. Quand vous la thématique du texte vous apparaît clairement (la mort, la responsabilité, la conscience, la justice, …).
  3. Posez-vous la question : “De quoi parle ce texte ?” Si vous pouvez répondre sans hésitation, vous pouvez opter pour le texte.
  4. Posez-vous la question : “Quelle thèse l’auteur défend-il ?” Si vous répondez à cette question, optez définitivement pour le commentaire.

Types de Plan

Il existe plusieurs types de plan :

  1. Plan linéaire : il s’agit du plan ligne par ligne, regroupé en partie (ligne 1/ligne 8; ligne 9/ligne 15, etc.)
  2. Plan thématique : il s’agit du plan par notions (La conscience et la liberté / Réfutation de la théorie kantienne / Défense de la liberté d’indifférence)

Méthodologie Détaillée

Définition : Expliquer, du latin explicare, signifie d’abord déplier, mettre à plat, c’est-à-dire transformer un tout complexe, parfois confus voire compliqué en un ensemble d’élément simple et immédiatement compréhensible par le premier venu.

Expliquer un texte : Vous devez faire comprendre à un lecteur la signification du texte, ce qui suppose d’abord de montrer comment (de quelle manière, c’est-à-dire avec quels arguments, quels raisonnements et quels exemples) ce texte répond à un problème philosophique, et pourquoi il répond ainsi à ce problème et pas autrement, ce qui suppose de défendre la cohérence de la pensée de l’auteur. Puis vous devez discuter la thèse de l’auteur, ce qui signifie d’une part montrer ce que l’auteur dit de vrai, de juste, de pertinent et d’autre part montrer ce qui vous parait discutable, ce qui peut être remis en question voire ce qui vous semble faux. Vous devez alors trier le bon grain de l’ivraie, donc critiquer cette pensée (évaluer la pensée de l’auteur objectivement, c’est-à-dire en prenant vos distances avec le texte). Comprendre et faire comprendre, c’est penser et apprendre à penser, c’est penser à partir d’une pensée dont la valeur est reconnue par une longue tradition et surtout apprendre à penser par soi-même. Et penser par soi-même c’est déjà philosopher (cf. sapere aude, Kant). C’est pourquoi cet exercice est fondamental pour votre éducation philosophique.

Lire le texte

  1. Commencez par lire plusieurs fois le texte (au moins 3 fois) attentivement.
  2. Numérotez les lignes.
  3. Recherchez les connecteurs logiques et souligner les : donc, en revanche, au contraire, par conséquent, c’est pourquoi, etc… Cela vous indiquera si l’auteur donne une thèse, un exemple, un argument, une conséquence etc…
  4. Repérez les mots ou expressions qui méritent d’être expliqués pour rendre le texte plus facilement compréhensible à n’importe quel lecteur qui ne serait pas familier avec les concepts philosophiques.

Au brouillon

  1. Repérez le thème du texte : de quoi parle le texte ? De quoi est-il ici question ?
  2. Repérez la thèse du texte : quelle est l’idée défendue par l’auteur ? Où veut-il en venir ?
  3. Repérez le problème du texte : le problème est la question à laquelle le texte répond. La réponse au problème est la thèse du texte. Le problème (ou problématique) peut être explicite c’est-à-dire énoncée littéralement dans le texte ou implicite. Dans ce cas, vous devez reconstituer, à partir de la thèse, la question à laquelle cette thèse répond.
    Exemple : Thèse : Socrate affirme dans ce texte qu’il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. Problème : Vaut-il mieux toujours obéir aux lois, même si elles sont injustes, ou bien au contraire est-il préférable/Avons-nous raison de désobéir a la loi si elle est injuste, au risque de commettre une injustice vis-à-vis de la loi ?
  4. Repérez le plan du texte c’est-à-dire sa structure argumentative : thèse, problème, argument, conséquence de la thèse, réfutation de la thèse… La thèse et les arguments sont des passages obligés que vous devez toujours repérer.
    Exemple (et modèle) : Lignes 1 à x : Enoncer du problème du texte : peut-on désobéir aux lois ? ; Lignes x à y : Thèse du texte : pour Platon, il faut toujours, quoi qu’il en coûte, obéir aux lois ; Lignes y à z : Démonstration de la thèse : 1er argument : Il faut obéir aux lois car l’injustice est le plus grand des mots ; Lignes z à …, etc…
    Remarque : Un texte comporte au minimum 2 parties, le plus souvent 3, parfois 4.
  5. Au brouillon, refaites les étapes de l’argumentation : thèse, argument 1, argument 2, argument 3 etc…
  6. Pour chaque moment ou partie du texte, préparez les arguments qui vous permettront de critiquer la pensée de l’auteur. Cherchez des exemples et des contre-exemples, des auteurs dont la pensée confirme ou au contraire réfute celle de l’auteur. Enfin, choisissez ce que vous allez dire en fonction de ce que vous pensez en vous appuyant sur les exemples et références philosophiques que vous avez trouvées.
  7. Construisez le plan détaillé de votre explication, sur une feuille à part, lequel plan suit la structure logique du texte que vous venez de repérer : I. Lignes 1 à x : thèse du texte. Notez ce que vous allez dire pour l’expliquer. II. Lignes x à y : argument servant à démontrer la thèse etc… Vous vous appuierez dessus lors de la rédaction.

Rédaction

Introduction

  1. Amorce : présentez les deux idées opposées qui vont amener à la problématique du texte. Vous pouvez même vous servir de vos références culturelles comme les mythes antiques pour introduire la réflexion. L’attention, l’amorce est facultative mais veillez toujours à présenter le texte que vous allez commenter ainsi que le thème philosophique sur lequel il porte
  2. Problématique : Formulez le problème du texte que vous avez repérer ou reconstituer sous la même forme que la problématique que vous élaborez dans vos dissertations (cf. Méthodologie de la dissertation) : Est-ce vraiment/ réellement cela ou bien, au contraire, plutôt ceci ?
  3. Enoncez la thèse de l’auteur (ce qu’il pense, ce qu’il affirme, sa réponse au problème). Vous devez être aussi précis et exact que possible. Vous devez également situer précisément le texte : citez le titre et présenter brièvement l’auteur (siècle, nationalité, mouvement philosophique dominant) en écrivant que ce qui vous parait utile à la bonne compréhension du texte. Ne récitez jamais !
  4. Remarque : il est commode à ce moment de l’introduction de procéder ainsi : « Dans ce texte extrait du Gorgias (153a1-170b3 ou I, chap. 6, §9, etc…), Platon affirme/répond que … » (Et vos énoncez précisément la thèse).
    Annoncez les questions que le texte suscite : ici vous introduisez les éléments que vous allez discuter (=critique). Ce sont les enjeux du texte.
  5. Annoncez le plan du texte, les grands moments, les grandes étapes de son argumentation, et aussi précisément que possible en employant le vocabulaire de l’argumentation adéquat.
    Exemple : « D’abord, Lignes 1 à X, Platon énonce la thèse selon laquelle…, puis Lignes X à Y, il argumente en montrant que…, puis/ en conséquence/ de là, il s’en suit, Lignes Y à Z,… ».

Développement

Remarques :

  • Votre développement doit suivre le plan du texte : votre I correspond au premier moment du texte, votre II au deuxième moment, etc…
  • Chacune de vos parties doit comporter un moment analytique suivi d’un moment critique.

Premier moment/partie du texte

A) Analyse et explication

  1. a) Introduisez l’idée développée par l’auteur dans l’ensemble de ce premier moment du texte. Vous devez alors faire preuve d’esprit de synthèse c’est-à-dire que vous devez être capable de réunir en une seule idée tout ce que cherche à montrer l’auteur dans cette partie. Il s’agit de procéder phrase par phrase et parfois mot par mot.
    b) Dites quelle est la fonction logique de cette idée : thèse, problème, argument, conséquence, réfutation (les connecteurs logiques peuvent vous y aider).
    2. a) Citez précisément les passages importants (une citation ne doit pas dépasser trois lignes sur votre page) : « ….. », (lignes x à y). b) Analysez ces passages et ce que cela implique :
    1) Définir les mots et concepts importants.
    2) Donnez une raison, expliquez pourquoi l’auteur pense comme cela, et pourquoi il a raison de le faire.
    3) Donnez un exemple pertinent.
    4) Dites quelles sont les conséquences théoriques qui en découlent.

B) Critique

Vous devez ici évaluer la pensée de l’auteur, juger son idée, déterminer la pertinence de son argumentation. La pensée de l’auteur se trouve au tribunal de votre raison, à vous de la juger coupable ou innocente. Pour cela vous devez vous appuyer sur les exemples et les références philosophiques que vous aurez trouvés (Cf. II. Au brouillon, 6.), c’est-à-dire des preuves recevables pour tout lecteur. Il y a deux voire trois sortes de critiques.

1. La critique négative : séparer l’ivraie du bon grain. Elle doit apparaitre au moins une fois dans votre explication car elle témoigne de votre capacité à résister à la séduction du raisonnement de l’auteur. Pour cela, vous devez démontrer les raisons de votre désaccord non par une réfutation agressive et péremptoire, mais par des contre-exemples et des références philosophiques qui contredisent l’auteur avec pertinence.
Exemple: A) Vous expliquez la preuve anthologique cartésienne de l’existence de Dieu. B) Vous critiquez cette preuve en vous appuyant sur la réfutation kantienne de la Critique de la raison pure, et vous rappelez l’exemple des cent Thalers.

2. La critique positive : vous conservez le bon grain. Dans le cas où la pensée de l’auteur vous semble aussi pertinente que vraisemblable, vous pouvez abonder dans le sens de l’auteur en trouvant des exemples et des références qui la justifient. Ici vous devez défendre l’auteur, montrer sa cohérence.

3. La critique constructive : vous faites fructifier le bon grain pour en obtenir un meilleur. Vous devez montrer qu’en vous appuyant sur la pensée de l’auteur, vous pouvez mieux comprendre tel problème philosophique, que vous pouvez tenter d’y répondre d’une meilleure façon. Cela implique vous vous soyez capable d’ajouter quelque chose qui améliore cette pensée, la corrige, la rectifie parfois. Il s’agit ici de rendre hommage à la pensée de l’auteur comme précurseur.

Remarques :

  • Vous devrez procéder ainsi pour chacune des autres parties de votre développement.
    Soit 6 paragraphes au total pour un texte classique, 8 en comptant l’introduction et la conclusion.

I. A) Analyse B) Critique
II. A) Analyse B) Critique
III. A) Analyse B) Critique

  • Vous pouvez ou non rédiger des introductions et des conclusions partielles (pour chaque grande partie) pour présenter la partie que vous allez expliquer et pour récapituler votre avancement dans l’explication. A raison d’une introduction partielle et une conclusion partielle par grande partie, vous obtiendrez (introduction et conclusion comprises) 14 paragraphes à écrire. 

Conclusion

  1. Rappelez le problème du texte
  2. Montrez de façon synthétique comment l’auteur répond à ce problème : la thèse et sa démonstration.
  3. Rappelez les points que vous avez discutés, savoir lesquels vous ont semblé discutables et lesquels vous ont paru pertinents, et expliquer pourquoi.
  4. Dites ce que cela vous a appris sur l’homme, sur la pensée, sur le monde, etc… Vous tirez les leçons de votre explication.

Remarques générales

  • L’explication requiert impérativement des connaissances philosophiques (il suffit d’apprendre le cours pour en avoir), sans lesquelles l’explication ne saurait être réussie puisque vos critiques reposeront en grande partie sur elles. C’est pourquoi, contrairement à une fausse opinion trop répandue, c’est un exercice plus exigeant que la dissertation bien qu’il puisse vous sembler en apparence plus rassurant.
  • Expliquer ne signifie jamais paraphraser. La paraphrase, défaut majeur des explications, consiste à se contenter de répéter avec d’autres mots ce que vous devez expliquer. Pour cela, veillez toujours à dire pourquoi l’auteur pense ceci, pourquoi il le prouve de cette manière et pas autrement. Il s’agit de rendre compte de la nécessité interne du texte.
  • Les citations du texte doivent être soigneusement choisies (pas de juxtaposition effrénée) et expliquées.
  • Montrez que vous cherchez à comprendre et à faire comprendre, le lecteur retiendra votre bonne volonté et votre honnêteté intellectuelle.
  • Il n’y a pas de consignes concernant la longueur du commentaire de texte, mais une taille idéale devrait faire entre 8 et 12 pages.

Felix qui potuit rerum cognoscere causas[1]

[1] Géorgiques, Virgile, I, vers 489 : « Heureux celui qui a pu pénétrer la raison des choses »

Par Thomas Primerano, étudiant en philosophie à la Sorbonne, membre de l’Association de la Cause Freudienne de Strasbourg, membre de Société d’Etudes Robespierristes, auteur de ‘’Hobbes contre les ténèbres publié’’ chez BOD.

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