Hobbes : L’homme est un loup pour l’homme

hobbes homme

Hobbes et l’homme-loup : une anthropologie fondée sur la guerre

Le Léviathan, de Thomas Hobbes, est un grand livre de philosophie politique, pour une simple raison : c’est sans doute ses préceptes qui ont le plus fondé nos régimes politiques modernes.

Le Léviathan relate l’aventure politique moderne à partir de l’état primitif de l’homme, qu’ Hobbes décrit comme un état de “guerre de tous contre tous”, dominé par la bestialité des rapports. Et c’est à partir de ce postulat, “l’homme est un loup pour l’homme”, que le philosophe anglais bâtit sa théorie du Léviathan :

Tout ce qui résulte d’un temps de guerre, où tout homme est l’ennemi de tout homme, résulte aussi d’un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle que leur propre force et leur propre capacité d’invention leur donneront. Dans un tel état, il n’y a aucune place pour un activité laborieuse, parce que son fruit est incertain; et par conséquent aucune culture de la terre, aucune navigation, aucun usage de marchandises importées par mer, aucune construction convenable, aucun engin pour déplacer ou soulever des choses telles qu’elles requièrent beaucoup de force; aucune connaissance de la surface de la terre, aucune mesure du temps; pas d’arts, pas de lettres, pas de société, et, ce qui le pire de tout, la crainte permanente, et le danger de mort violente; et la vie de l’homme est solitaire, indigente, dégoûtante, animale et brève

L’apport du Léviathan sur la conception de l’homme

Le Léviathan repose sur l’idée que les hommes ne peuvent pas s’entendre car trop méfiants et dominateurs pour cela. Il faut donc un tiers pour les faire se respecter l’un l’autre. Le Léviathan est ce tiers, cette force tutélaire qui s’impose aux contractants. L’anthropologie de Hobbes est pessmiste.

Pour instituer cette force politique transcendante, les hommes doivent renoncer à leur liberté naturelle et ainsi transférer au Léviathan le pouvoir de contrainte et la force. Pour quel bénéfice ? En échange de leur liberté naturelle, le Léviathan assure la protection de ses sujets et de leurs biens.

En toile de fond, il est intéressant de noter le profond pessimisme de Hobbes sur la nature humaine, laquelle doit est telle qu’elle doive être contrecarrée par une force politique transcendante. Le Léviathan est la réponse pacificatrice aux instincts de destruction humains. La politique a pour but de civiliser l’homme. On est loin, ici, de l’absolutisme auquel on a souvent réduit la philosophie de Hobbes. Car si Hobbes n’est certes pas un démocrate, il reste que ce contractualiste pose l’Etat de droit comme un fondement de la politique moderne, afin que l’homme ne soit plus un loup pour l’homme.

You may also like...

9 Responses

  1. Raztapopuloz says:

    Hobbes ne devait pas bien connaitre le loup…;) mais ça reste un détail… il est toujours amusant de partir d’une affirmation fausse pour arriver ou passer par des idées intéressantes.

    • zu den sachen selbst says:

      Qui te dit qu’il n’essayait tout simplement pas de laisser sa fourrure de loup au vestiaire afin de devenir le seul renard parmi la meute?

  2. himalove says:

    Le Léviathan est une métaphore pour désigner l’Etat qui se charge, en échange de la liberté (source de tous les maux) que lui confère l’homme, d’assurer la pérennité de l’espèce.

    L’approche d’Hobbes de la nature humaine est très sombre ; elle pourrait correspondre à la définition sadienne de la liberté :

    “La liberté est le crime qui contient tous les crimes.”

    Cependant le Léviathan est un être mythique, transcendant, une sorte de représentation sur terre de la justice divine, qui a peu à voir avec l’Etat moderne, que Marx ou Bakounine ont défini comme un simple instrument de domination au service de la bourgeoisie…

  3. THERESE says:

    vraiment bien

  4. moi says:

    Effectivement en term, on m’a enseigne que la phrase ” lhomme est un loup pour l’homme ” est de Hobbes.
    OR, on retrouve cette meme phrase en latin :”homo homini lupus” qui est en fait de Seneque, dans lettres à Lucilius.. et que Schopenhauer cite d’ailleurs dans son Eis Heauton… donc là je suis un peu perplexe.

  5. Devillebichot Guy says:

    Selon une source que je n’ai pas notée,Hobbes aurait écrit(j’ignore si c’est ou non dans son
    Léviathan,”To speak impartially,both sayings are very true:that man to man is a kind of God;and that man to man is a arrant wolf.”Ce qui signifie que l’homme est capable du
    meilleur et du pire pour son semblable.D’un côté une bienveillance presque divine,de
    l’autre la cruauté d’un fieffé loup.Ce point de vue,disons plus “équilibré” de la nature
    humaine,est-il propre à Hobbes,contrairement à ce que l’on semble avoir retenu? Et
    d’où vient cette “citation” dont j’ai pris note?Merci à celle ou celui qui sera en mesure
    de m’éclairer,sous le coup d’une bienveillance que j’apprécierai beaucoup….

  6. T44 says:

    C’est surtout une philosophie de la bourgeoise (sens marxiste) comme celle d’un certain Nietzsch plus tard et très anglo-germanique.

    Une philosophie n’ayons pas peur des mots barbare, car c’est bien la différence d’approche de la nature humaine qui révèle le caractère barbare et donc “nordique” de cette pensée.
    Le qualificatif barbare ici est à comprendre comme opposé de civilisé, quand je dis civilisé je ne dis pas plus démocratique (les peuples nordiques ayant souvent mise en place des débuts de démocratie bien avant le sud civilisé), je ne dis pas non plus, plus rustre, que ce soit en technique art ou autre, non.
    Civilisé car société bâtie autour non pas de communauté relativement isolée et autarcique comme l’était le monde barbare mais autour de la cité et l’idée de mélange et d’échange constant qu’implique ces carrefours que sont les grandes cités. Il faut se rendre compte que pour un habitant du Sud de l’Europe nord de l’Afrique et d’Asie mineure, la mondialisation à plus de 4000 ans d’existence réelle et effective, l’homogénéité des populations actuelles nordiques comparée à celle du Sud génétiquement bien plus diverse en est un exemple.

    Cela implique aussi une vision de l’homme moins collaborative, plus repliée, et au final moins humaniste, il n’est pas anodin que les trois religions du livre soit asiatique et méditerranéenne, ces réligions sont quoi qu’on en dise des ébauches de traités d’humanismes (même si mal traités depuis des siècles), il n’y a pas de cela dans les religions nordiques.
    Le protestantisme en nordicisant le christianisme à aussi rendue celui ci moins égalitaire plus communautaire, nucléaire et individualiste, je parle ici non pas d’organisation de ces Eglises mais bien une vision philosophique de la chose.

    Hobbes avait tord sur la nature humaine et le pire c’est que tout le monde au fond le sait, particulièrement le monde scientifique, qu’il soit anthropologique, sociologique, historique voir médicale et neuroscientifique, les nombreuses preuves que l’homme est profondément mue par des forces altruistes sont légions.
    – Les observations sociologiques lors de grandes catastrophes naturelles, avec un niveau de cohésion humaine se renforçant extrémement.
    – La mise en place de mécanismes de préservation des individus faibles dans toutes les civilisations, mécanismes universaux et intemporel avec des variations à travers les âges cependant.
    – Les nombreuses études en sciences comportementales récentes sur de très jeunes enfants démontrant le sens inné chez ceux ci du partage et de la justice.
    – Les recherches historiques et anthropologique sur les hommes préhistoriques prouvant le fort degré d’entraide de l’espèce en ces temps reculés même interespèces (cas de nehendertal).
    – Tout simplement l’état de la démographie humaine mondiale, une espèce qui passerait son temps à s’entre tuer n’arriverait pas à ce degré de proliferation.

    Voilà un article qui parle de cela http://m.ledevoir.com/article-390943

    Non Hobbes et toute la clique sont surtout des philosophes de pensée germanique et donc prédisposé à avoir une certaine vision du monde, vision du monde qui par le fait que ce monde anglo-germanique est aujourd’hui central devient la vision que l’on voudrait globale et intemporelle, alors qu’elle n’est que circonstancielles et contingente.
    Quitte à faire dans la grosse Bertha il est scientifiquement prouvé que si les génocides ne sont pas l’apanage d’un bloc culturel, les spécificités du nazisme en font un régime, une philosophie intrinsèquement liés à l’Allemagne et à ses spécificité anthropologiques (comme la famille souche).
    Et donc il ne sert à rien de se prémunir de son retour dans des espaces ou celui ci ne peut émergé faute de ses bases anthropologiques donc en dehors du bloc germanique (pays nordique, Europe de l’Est et ensemble germanophone).

    Pour clôturer, il faut donc impérativement sortir de “l’impérialisme” de la pensée philosophique anglo-germanique actuelle qui colporte une vision qui d’une est profondément mortiefere réactionnaire mais aussi dangereuse car elle est une philosophie de la justification des rapports de dominations.
    Ce n’est pas parce que la société nordique est le terreau d’une vision sociopathique du monde pour des raisons circonstancielles à cet espace que le reste du monde doit tomber dans le piège.

    Rousseau que beaucoup vilipendent surtout du côté de la bourgeoisie et du côté de la pensée anglo-saxonne, avait raison et pourtant sa vision est de plus en plus mise en retrait dans le champ académique car contrariant cette vision de la société qui voudrait faire du darwinisme sociale une valeur innée chez l’humain alors qu’elle n’est le fruit que d’une civilisation qui n’a pas achevé son processus d’ouverture.

    l’homme n’est pas un loup pour l’homme.*

    * d’autant plus que la métaphore tombe à plat car le loup est un animal social lui aussi comme l’humain.

  1. 28/10/2012

    […] saisissante : partant d’une anthropologie (conception de l’homme) pessimiste, faisant de l’homme un ennemi pour les autres hommes, il conclut la nécessité d’un Etat fort, le Léviathan, lequel sera chargé d’assurer la […]

  2. 02/01/2016

    […] des tueries, des carnages. "L'homme est un loup pour l'Homme" a écrit le philosophe anglais Thomas Hobbes dans son oeuvre majeure, le Léviathan, en 1651. On aurait pu croire que la connaissance, la […]

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *