L’Etat détient le monopole de la violence légitime (Weber)

violence légitime

Weber et la violence légitime

Dans le Savant et le Politique, Max Weber forge le concept politique de violence légitime. Weber définit en effet l’Etat comme l’institution détenant le monopole de l’usage légitime de la force physique :

« un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné » (citations de Max Weber)

Le terme important de cette définition est « légitime ». Car si des personnes ou des groupes peuvent faire usage de la violence, elle n’est en aucun cas légitime. Seul l’Etat est habilité à utiliser la violence sans qu’on puisse lui en dénier la légitimité. Cela fait partie de ses prérogatives légales.Même quand l’Etat autorise les individus à user de la violence (cas de la légitime défense), les individus tiennent cette légitimité de l’Etat, sous forme de délégation.

L’Etat dans la philosophie contractualiste

Cette conception de l’Etat chez Weber prend sa source chez les philosophes contractualistes, notamment Hobbes, chez lequel l’Etat (le Léviathan) naît lorsque les individus acceptent de confier leur volonté à une force supérieure en échange de la sécurité. Or, la sécurité suppose l’usage possible de la violence contre ceux qui la mettrait en danger.

En aval, cette théorie traduit la définition régalienne de l’Etat, laquelle soutient que l’Etat doit se cantonner à des fonctions de sécurité et de sûreté des membres de la société. Ainsi, toute violence autre que celle de l’Etat serait nécessairement illégitime.

Anarchisme et violence

Les anarchistes s’opposent à cette conception de l’Etat : seuls les individus sont aptes à se défendre eux-mêmes. De plus, ce monopole peut dégénérer en violation pure des droits des individus. En témoignent les cas de torture (Abou Graib en Irak en est un exemple) pratiqués des militaires, c’est-à-dire des fonctionnaires d’Etat, et validée par la hiérarchie étatique. Il est cependant intéressant de noter que l’espace public (opinion publique, médias) joue un rôle de régulateur dans l’exercice de cette violence légitime, en y posant des limites (les contrevenants sont alors punis pour avoir outrepassé leur devoir). L’anarchisme affirme néanmoins que les dérives sont consubstantielles à l’Etat, la seule solution étant de détruire l’Etat purement et simplement. L’Etat est la violence.

 

8 Comments

    • Il s’agit d’une photographie de la bibliothèque de Holland House à Londres à la suite d’un bombardement allemand en 1940. Je ne connais pas le nom du photographe.

      • Bonjour,
        Nota: il ne s’agit pas de lecteurs hyper flegmatiques (comme on l’ souvent dit). Ce sont des bibliothécaires qui font le tri des ouvrages à sauver.
        Bien à vous
        Michel M. Piquet

  • Bonjour,
    L’article est incomplet me semble t-il. Il manque une partie sur la définition de la légitimité et son mode d’existence. Les individus confient et croient aveuglément en l’État, et de là, la légitimité prend sa source. J’espère que ma mémoire ne fait pas défaut.

  • Il y a, il me semble, confusion entre: violence légitime et force légitime de l’état. La violence ne peut être légitime que lorsqu’elle est une réponse à une agression et encore, cette réponse doit être proportionnée, limitée, encadrée sinon l’état devient ce qu’il prétend combattre. La confusion vient peut-être de la traduction de l’allemand vers le français de force en violence.

  • Bonjour,
    La définition est un peu incomplète. La question de la légitimité est centrale dans la définition de l’Etat mais aussi celle de la revendication (“revendique avec succès pour son propre compte” partie manquante de la citation) or elle n’apparait pas dans votre explication. Chez Weber le pouvoir n’est pas un attribue mais une relation. L’Etat n’est pas légitime parce qu’il a le droit et pas vous et si vous êtes pas contents c’est pareil. L’Etat est légitime parce que vous êtes d’accord. Et ça change tout à ces analyses. La violence de l’Etat peut être illégitime : si les personnes sur lesquelles elle s’applique, non pas individuellement mais en tant que groupe, ne la reconnaissent pas comme telle. La violence de l’Etat n’est pas légitime par nature, sa légitimité doit sans cesse être obtenue. Ainsi, d’autres groupes peuvent revendiquer à leur tour avec succès cette violence ce qui permet de comprendre les changements de pouvoir. Les indépendances et les révolutions c’est ça : des organisations politiques qui parviennent à obtenir le monopole de la violence légitime, et deviennent des États. La définition de Weber n’est pas figée

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