L’opinion en philosophie

Eléments de définitions

Dans le langage courant, donner son opinion, c’est donner sa “manière de penser”, autrement dit assumer la part très subjective de ses propos. Ainsi, l’opinion se fonde plus sur un sentiment que sur une réalité partagée et constatée par tous.

Platon est le premier à avoir thématisé l’opinion en philosophie. Dans La République, il défend l’opposition de la doxa (l’opinion) et de l’epistémé (le savoir). Le savoir permet d’agir sagement. Ainsi, le pouvoir devait revenir aux “sachants”, autrement dit aux philosophes. En termes pratiques, il ne faut pas réduire les sciences dites “dures” aux savoirs et les sciences dites “molles” aux opinions. L’historien, comme le mathématicien, peuvent tous deux énoncer des vérités. La différence entre eux sera la prédictibilité de leur énoncé : les causes de la révolution française, si elles se reproduisent, ne conduiront pas nécessairement aux mêmes conséquences. L’arithmétique, elle, est prédictible.

En politique, l’opinion est même devenu un métier : les instituts de sondage font de leurs enquêtes le pouls du peuple et sont chargés de mesurer l’état d’esprit d’une nation ou d’un groupe.

L’opinion est souvent releguée au rang de faux savoir. Or, il semble que l’opinion soit en réalité non pas le contraire du savoir, mais son préambule, un signe d’effacement de l’ignorance. Avant de savoir qu’on se brûle par le feu, ne sent-on pas d’emblée le danger ? Pourtant seul le contact du feu apprend sa dangerosité. L’opinion, le sentiment vague, prépare la connaissance dans bien des cas.

Dans l’ordre de la connaissance, l’opinion tient donc une place a mi-chemin entre l’ignorance et le savoir, au sens où elle n’est pas encore ni fondée ni démontrée.

Citations et définitions particulières

L’opinion est quelque chose d’intermédiaire entre la connaissance et l’ignorance (Platon)

L’opinion est la faculté intermédiaire qui saisit les choses qui flottent entre les deux extrêmes (Platon)

L’opinion s’applique à ce qui, étant vrai ou faux, peut être autrement qu’il n’est : en fait, l’opinion est l’appréhension d’une prémisse immédiate et non nécessaire (Aristote)

L’opinion, fondée dans le vraisemblable, peut-être aussi le nom de connaissance (Leibniz)

L’opinion est une croyance qui a conscience d’être insuffisante aussi bien subjectivement qu’objectivement (Kant)

Une opinion donne pour vrai quelque chose qui a été dit, bien qu’il s’agisse parfois de mots absurdes, qui ne veulent rien dire, impossible à comprendre (Hobbes)

L’opinion publique est la convergence des appréciations du plus grand nombre de personnes d’une collectivité, de telle sorte qu’ils se forme un sentiment commun et dominant, exerçant une pression diffuse (Freund)

Beaucoup d’hommes ont raison d’affirmer l’invariabilité de leurs opinions, mais tort de s’en vanter. C’est montrer qu’ils n’ont rien appris depuis le jour où elles se sont formées. Une preuve aussi évidente d’ignorance ou d’imbécibilité ne s’affiche pas (Gustave Le Bon)

Incalculables sont les personnes n’ayant jamais eu d’autres opinions que celles de leur journal (Gustave Le Bon)

Ce n’est pas avec la raison, et c’est le plus souvent contre elle, que s’édifient les croyances capables d’ébranler le monde (Gustave Le Bon)

L’opinion est la reine du monde, parce que la sottise est la reine des sots (Chamfort)

Il ne faut point juger les hommes par ce qu’ils ignorent, mais par ce qu’ils savent, et par la manière dont ils le savent (Vauvenargues)

 

 

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2 Responses

  1. madame-philo.com says:

    Je n’arrive pas à comprendre comment différencier une opinions bonnes ou mauvaises d’un préjugés ??

  2. Math37 says:

    L’un a fait l’objet d’une réflexion, l’autre n’est que le fruit de notre inconscient

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