Peut-on lire Sade après #MeToo ?

Cette tribune vient déconstruire la doxa concernant l’oeuvre du Marquis de Sade, notamment sur sa vision de la femme. Pour Jean-François Gau, le libertin défend en réalité la conception d’une femme active, assumant ses désirs, loin de l’image classique d’une proie à la merci des hommes. 

Le dossier Sade fut instruit durant deux siècles et enflamma les esprits. Est-il clos ? Durant tout le 19ème siècle et la majeure partie du 20ème, le nom de Sade fut associé à la cruauté et à la perversion avec la création du mot « sadisme », et ses ouvrages furent interdits. Depuis Apollinaire, sa pensée irrigue la vie intellectuelle et universitaire, jusqu’à sa reconnaissance au titre de « pilier » de la littérature française par la publication de ses œuvres complètes dans la collection La Pléiade. En ce début du 21e siècle, le mouvement pour l’égalité femmes/hommes, et spécifiquement la prise de parole des femmes pour que les auteurs d’actes de violence qui les ciblent et les prédateurs sexuels soient dénoncés, ne repose-t-il pas la « question Sade » sur de nouveaux frais : Peut-on lire Sade après #MeToo ?

Un auteur à oublier?

Car voilà une œuvre qui donne à voir, sur des milliers de pages, des femmes humiliées, violées, battues, torturées, tuées dans d’atroces souffrances, et leurs bourreaux expliquer doctement qu’elles sont faites pour être leurs proies et qu’ils ne savent jouir que par leurs cris de douleur et d’épouvante. Est-il nécessaire d’aller chercher plus loin ? Sade fut-il un promoteur fanatique, paroxysmique de la misogynie, des violences faites aux femmes et donc, puisque telle est la question traitée, est-il un auteur à rejeter ?

Ces dernières années, cette opinion a été soutenue, de manière particulièrement tranchée, par Michel Onfray, qui a consacré à Sade un chapitre de sa Contre-histoire de la philosophie[1], une partie de son ouvrage sur « l’érotisme solaire »[2] puis un essai développant son propos[3]. Pour lui, Sade prôna une « misogynie radicale » et une « perpétuelle haine de la femme »[4] ; il fut tout à la fois un « philosophe féodal, monarchiste, misogyne, phallocrate, antisémite, délinquant sexuel multirécidiviste »[5].

On se propose de montrer ici qu’au contraire, l’œuvre de Sade n’est misogyne ni philosophiquement, ni moralement, ni politiquement.

Certes, on vient de l’indiquer, elle regorge d’horreurs qui ciblent particulièrement des femmes. Cette accumulation de scènes de torture et de crimes justifiés par des dizaines de discours est précisément la raison pour laquelle elle a été interdite durant un siècle et demi. Michel Onfray exhume Michelet[6] qui, dans son Histoire de la Révolution française publiée en 1847, qualifie Sade d’« infâme et sanguinaire auteur »,« apôtre des assassins » qui se fit un nom au moment de la Révolution naissante parce que « les vipères et les scorpions erraient dans ses fondements ». « Portrait juste, exact et historique de Sade », commente Michel Onfray. On ne lui fera pas un faux procès en déduisant de cette appréciation qu’il approuverait la censure qui frappait l’œuvre de Sade à l’époque de Michelet, mais on considèrera, pour le moins, que faire de cette référence un « Tout est dit » n’est pas recevable.

Il faut rappeler, de plus, que l’odeur de soufre dégagée alors par la seule évocation du nom de Sade provenait davantage de l’évocation de ses mœurs et de ses forfaits que de la lecture de ses écrits. C’est d’ailleurs sur un récit de sa vie que Michel Onfray étaye sa condamnation : « petite frappe relevant de la brigade des mœurs » dans sa jeunesse, privilégié vivant dans le confort durant sa détention à Vincennes et à La Bastille, « révolutionnaire en peau de lapin »[7] pendant la Révolution… Le réquisitoire est implacable et Michel Onfray le prononce en tapant à coups de masse sur tout ce qui, dans les multiples monographies consacrées à Sade, pourrait le nuancer. Comme l’écrit Maurice Ulrich, « en fait, pour Onfray, Sade (…) est un criminel avéré, son œuvre (…) est donc celle de ce criminel avéré et tous ceux qui, au 20e siècle, depuis Apollinaire ou les surréalistes, s’y sont intéressés, sont les complices d’un criminel avéré »[8]. De fait, la galerie de portraits de ceux qui se seraient déshonorés parce qu’ils ont tenu Sade pour un repère est impressionnante : Apollinaire, Breton, Aragon, Char, Desnos, Bataille, Barthes, Lacan, Foucault, Sollers – tous frappés par le « déshonneur des penseurs ». Paulhan, Klossowski, Blanchot sont égratignés au titre ironique d’« honorables prescripteurs » ainsi que Deleuze, puis Marcuse[9]. Il s’agit, avec cet intérêt pour Sade, commente Michel Onfray, d’« un phénomène d’hallucination collective, une pathologie assez parisienne » qui voit les idoles varier avec les modes : « Aujourd’hui elle frétille avec la théorie du genre, demain elle se trouvera un autre sucre d’orge à sucer. »[10] (sic !)

Séparer l’homme de l’oeuvre

Rappelons que, depuis Proust, on considère que

« la méthode (qui consiste à ne pas séparer l’homme de l’œuvre) méconnaît ce qu’une fréquentation un peu profonde avec nous-même nous apprend : qu’un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. (…) L’inspiration et le travail littéraire (se) différencient entièrement des occupations des autres hommes et des occupations de l’écrivain »[11].

Ce qui « passe » de l’auteur dans son œuvre n’est pas le copier-coller sur une feuille ou une toile de ce qu’il est – de ce qu’il dit ou fait – en dehors de son activité de créateur ; la mise en cause de la personne de l’auteur ne peut fonder le jugement d’une œuvre. On pourrait donc négliger les considérations d’ordre biographique, mais la question : « Sade nourrissait-il, personnellement, une haine des femmes ? » est posée avec tant de force et de constance par ses procureurs qu’on se trouve pour ainsi dire contraint de s’y arrêter.

Sade n’aimait pas sa mère, qui ne l’éleva pas, et détestait sa belle-mère, qui le lui rendait bien. Il en tira une exécration de la maternité toujours renouvelée dans son œuvre, jusqu’à la scène finale de La Philosophie dans le boudoir[12] qui donne à voir la jeune Eugénie coudre la vulve de sa mère d’où elle est sortie. Dans sa jeunesse, il connut plusieurs passions amoureuses, qui toutes se finirent mal, et eut une sexualité débordante. Comme la plupart des aristocrates libertins de l’Ancien Régime, il était bisexuel ; et, comme certains d’entre eux, amateur de pratiques mêlant plaisir et douleur, infligée ou éprouvée, et pas toujours consentie. Il viola, violenta, fouetta, blessa, drogua, fut condamné à plusieurs reprises – ses actes le mèneraient à l’évidence aujourd’hui devant les tribunaux. Avec sa femme, qu’il épousa contraint et forcé, il fut un mari tyrannique, infidèle, jaloux et goujat (s’enfuir avec sa jeune belle-sœur n’est pas vraiment élégant), mais, malgré tout, éprouva pour elle, à sa manière, une réelle affection liée à leur bonne entente sexuelle.[13] Sa vie de « débauché outré », selon les termes motivant sa toute première arrestation, s’interrompit brusquement à l’âge de trente-huit ans par une lettre de cachet qui le condamna à une incarcération pour une durée indéterminée. Il passa douze années emprisonné à Vincennes et à La Bastille, d’où il sortit en 1789, obèse au point de marcher avec difficulté. Il fut libre durant douze ans et eut alors pour compagne, jusqu’à sa mort, une actrice qu’il surnomma Sensible qui partagea sa vie en lui étant tout dévoué sans que leur relation donnât matière à sandale – « de bagatelle, pas un mot »[14]. En 1801, à soixante et un ans, il fut de nouveau enfermé, cette fois comme fou alors qu’il ne l’était pas. On lui connaît une ultime liaison, tarifée, avec une jeune fille de seize ans quand il en avait soixante-quatorze…

Sade se comporta donc mal, voire très mal, avec certaines femmes, notamment dans la première partie de sa vie avec ses partenaires d’orgies (qui étaient au demeurant parfois des hommes), considérées par lui comme des « accessoires », des « objets luxurieux des deux sexes » comme il l’écrivit dans Les Cent Vingt Journées[15]. Lorsque son existence prit un tour plus ordinaire, il se coula dans l’ordre (patriarcal) des choses, n’imagina pas que le rôle des femmes qu’il fréquentait – mères, épouses, domestiques, maîtresses, prostituées… – pût changer et ne s’en trouva pas mal. De là à parler de « haine des femmes »… Il ne fut ni Casanova ni Barbe-Bleue. Ni non plus un « grand homme » dont les actions, bonnes ou mauvaises, auraient suffi à assurer la postérité.

L’oeuvre de Sade est-elle misogyne?

On referme donc cette parenthèse pour en venir enfin à son œuvre : est-elle misogyne ?

Sade adopta le genre le plus répandu à son époque, celui du roman ou du conte philosophique qui a toujours compliqué la tâche des profs de français ou de philo : qui doit enseigner Voltaire, Diderot ou Rousseau ? Dans ce cadre, un grand nombre d’écrivains reconnus y allèrent de leur roman libertin, soit « gazés » comme Les Bijoux indiscrets de Diderot, Le Sopha de Crébillon fils, Les Liaisons dangereuses de Laclos, Le Palais-Royal de Restif de La Bretonne, soit crus comme Le Rideau levé, ou L’Éducation de Laure de Mirabeau (ces trois derniers auteurs étant détestés de Sade) et tant d’autres qui circulèrent sous le manteau tout au long du 18e siècle[16] et mêlaient pornographie et philosophie. La misogynie de l’œuvre de Sade, si elle avérée, doit donc être débusquée dans ce cadre, où art et philosophie sont intriqués.

Pour ce qui est de l’art, on s’épargnera de longs développements pour affirmer qu’aucune frontière ne doit couper le chemin qu’il choisit d’emprunter, quand bien même celui-ci serait escarpé ou scabreux. Sauf à prôner un « ordre moral » d’un autre âge[17], celui qui censura l’œuvre de Sade jusqu’en 1975, ou bien à se prendre pour un algorithme de Facebook à l’intelligence vraiment artificielle qui s’écrie : « Shocking ! » devant L’Origine du monde.  Féminisme ne rime pas avec ligue de la vertu, inutile d’argumenter sur ce point. L’œuvre d’art peut enchanter, elle peut aussi choquer, perturber, indigner, révolter – elle est faite pour ça. Exploratrice de l’âme, elle peut errer dans ses recoins, fouailler dans la cruauté, l’abjection, la perversion, explorer le vaste continent du Mal et ses « fleurs maladives ». Elle peut tout dire.

En matière philosophique, Sade se forgea ses convictions au travers du libertinage, qui mêlait licence des mœurs et libre-pensée, la seconde légitimant la première. Critiques des dogmes et des normes et par conséquent de la religion, principal verrou bloquant la liberté de conscience, les libertins annoncent et accompagnent les Lumières. « Nourris-toi sans cesse, prescrit Sade, des grands principes de Spinoza, de Vanini, de l’auteur du Système de la nature »[18], de l’« aimable La Mettrie », du « profond Helvétius » du « sage et savant Montesquieu »[19]…  On perçoit parfois ses « dissertations » comme des OVNI de la pensée. Ses contemporains y reconnaissaient au contraire les questions essentielles au cœur du débat philosophique de leur temps, notamment « l’une des grandes préoccupations métaphysico-théologiques qui traversent l’âge classique, depuis la théodicée de Leibniz jusqu’à l’exact contemporain de Sade qu’est Bernardin de Saint-Pierre, en passant par Voltaire (Zadig, Candide…) ou Rousseau (Profession de foi du vicaire savoyard). Il s’agit de la grande question du mal et de la Providence : comment entendre que sur terre les méchants réussissent, quand les hommes vertueux sont accablés par le malheur ? »[20] Sade s’opposa frontalement à la réponse religieuse ; il ne cessa de la dénoncer[21]. Mais il divergea aussi de celle de Rousseau (qui réunissait « une âme de feu et un esprit philosophe »[22]), à qui il vouait une grande admiration.

Sade s’accorda avec Rousseau sur le fait que l’homme à l’état de nature se suffit à lui-même, que « l’entendement humain doit beaucoup aux passions »[23] et que l’origine des inégalités est la propriété privée. Il théorisa la première idée par un concept, l’« isolisme » : « Toutes les créatures naissent isolées et sans aucun besoin les uns des autres. »[24] Il résuma la seconde par une belle formule : « On déclame contre les passions sans songer que c’est à leur flambeau que la philosophie allume le sien. »[25] Pour la troisième, il anticipa même le fameux « La propriété, c’est le vol » de Proudhon » :

« En remontant à l’origine du droit de propriété, on arrive nécessairement à l’usurpation (…). Ce droit n’est lui-même originairement qu’un vol : donc la loi punit le vol de ce qu’il attaque le vol, le faible de ce qu’il cherche à rentrer dans ses droits et le fort de ce qu’il veut ou établir ou augmenter les siens. »[26]

Mais Rousseau préconise dans le Contrat social la « religion naturelle » et la limitation de la liberté individuelle au nom de la loi issue de la volonté générale. Il affirme qu’au sortir de la nature, tout est bien ; et il définit la vertu comme un effort pour respecter cet ordre naturel, pour soi et pour les autres : non pas nier les passions, mais apprendre par l’éducation à les diriger vers des affections altruistes découlant de la pitié. Le plaisir concorde ainsi avec la morale : la tempérance est plus satisfaisante que l’abandon de soi dans la volupté. Sade s’attacha méthodiquement à réfuter ces idées, et cela en partant comme Rousseau de la question première : la relation de l’homme à la nature, qu’il traita en adoptant la philosophie matérialiste mécaniste et biologique nourrie des découvertes scientifiques de l’époque :

L’univers est le produit de combinaisons de matière et de mouvement, sans cause première ; l’être humain est partie intégrante de ce « système de la nature », son esprit est une forme du mouvement de la matière. « L’Homme n’est qu’une Machine et il n’y a dans tout l’Univers qu’une seule substance diversement modifiée. »[27] « Tout ce que nous faisons ou pensons, tout ce que nous sommes et ce que nous serons n’est jamais qu’une suite de ce que la nature nous a faits. »[28] Sade poussa cette conception au-delà des limites que d’Holbach et même La Mettrie avaient fixées en considérant que, la nature étant en perpétuel renouvellement et ayant donc besoin que des êtres meurent pour que d’autres naissent, c’est « le forfait de la destruction (qui lui) plaît le plus »[29]. Il reprocha ainsi à ses philosophes préférés de n’avoir fait qu’« indiquer » cette vérité alors qu’ils en étaient « pénétrés », et il promit, « puisque nous devons la vérité aux hommes, (d’oser) la leur dévoiler tout entière ». Respecter les « lois homicides »[30] de la nature le plus ardemment signifie satisfaire ses passions dans l’excès et le crime :

« Usons des droits puissants qu’elle exerce sur nous / En nous livrant sans cesse aux plus monstrueux goûts.[31] ».

On peut ici, réellement, parler de pensée scandaleuse puisqu’il s’agit d’affirmer que le désir de détruire, de faire souffrir, de tuer n’est pas l’exception, n’est pas propre à quelques monstres dont la perversité dépasse notre entendement, mais est au contraire la chose au monde la mieux partagée. Sade nous conduit ainsi « au-delà de notre inhumanité, de l’inhumanité que nous recelons au fond de nous-mêmes et dont la découverte nous pétrifie »[32]. C’est sur ce point que l’annonce, si fréquemment soulignée, de Freud par Sade est la plus patente.

Une pensée de la transgression

On doit s’arrêter ici à la notion d’« écart », « terme générique des passions qui intéressent Sade »[33] et qui revient constamment sous sa plume.

L’écart n’est pas principalement l’écart de conduite, bien que, on l’a rappelé, Sade en ait commis beaucoup, ni non plus seulement la déviance à l’égard des pratiques sexuelles « licites ». Il est d’abord ce qui prend ses distances avec le respect, la vénération, le sérieux accordés à ce qui ne mérite que railleries. Sade fut insolent avec constance, et cette irrévérence lui coûta. Son œuvre est truffée de caricatures, de raisonnements spécieux, d’exagérations ; l’outrance conduit au grotesque et les énormités qui parsèment les descriptions d’horreurs de ses romans constituent autant de moments de respiration qui permettent au lecteur – et peut-être au narrateur – de sortir du gouffre où le récit le plonge. Aussi est-ce avec raison qu’André Breton commence son Anthologie de l’humour noir par Sade. Lequel humour, souvent, est tout simplement drôle. Sade ne fut pas un écrivain du désespoir : « La nature n’a créé les hommes que pour s’amuser sur la terre »[34] ! C’est à La Bastille, alors qu’il est au fond du trou, moralement et physiquement, et qu’une affection rend ses masturbations (compulsives) douloureuses, que la bonne humeur de Juliette vient à sa rescousse : « La véritable sagesse consiste infiniment plus à doubler la somme de ses plaisirs qu’à multiplier celle de ses peines. Quand j’ai du chagrin, je me branle… je décharge… et cela me console. »[35]

Plus fondamentalement, l’écart est ce qui dévie du chemin tout tracé, qui verse dans les bas-côtés menant souvent aux bas-fonds, qui emprunte les sentiers peu sûrs menant on ne sait où sans se soucier des sens interdits. L’écart est ce qui s’aventure et qui explore, mais aussi ce qui divague et qui délire ; et l’écartement, quand on force, provoque la rupture. Sade, tout au long de son œuvre, n’a cessé de prendre la tangente et de choisir la transgression, pour aller au plus loin de ce qui est imaginable, nous faire « passer de l’autre côté de l’ordre, au-delà de l’ordre du monde, là où se terre la sauvagerie de l’être »[36].

Enfin, l’écart est ce qui sépare le « pour de vrai » du jeu de rôle, le réel de la représentation ; c’est l’ouverture du rideau après les trois coups. Le libertinage est né par le théâtre au 17e siècle avec L’Abuseur de Séville et l’invité de pierre (1630) de Tirso de Molina et Sade, auteur d’une quinzaine de pièces, se voulait avant tout dramaturge. (À noter que c’est dans la seule de celles qu’il parvint à faire jouer qu’un libertin puissant et criminel est puni[37], alors qu’ils sortent invariablement vainqueurs de ses romans.) « Tu ne connaîtras rien si tu n’as pas tout connu. »[38] « Tout » au sens fort : tout et son contraire. Le projet explicite des Cent Vingt Journées est ainsi d’effectuer une recension des pires « écarts » afin que le lecteur puisse accéder sans filtre et en connaissance de cause à sa vérité en reconnaissant (ou non) son propre désir dans un ou plusieurs d’entre eux.

« C’est à toi à les prendre et à laisser le reste, un autre en fera autant, et petit à petit, tout aura trouvé sa place. (…) Choisis, et laisse le reste sans déclamer contre ce reste, uniquement parce qu’il n’a pas le talent de te plaire, songe qu’il plaira à d’autres et sois philosophe. »[39]

On retrouve cette démarche à propos du choix non plus de la jouissance mais de la société préférée : « Il faut que le lecteur (…) s’amuse ou s’occupe des différents systèmes présentés pour ou contre, et qu’il adopte ceux qui favorisent le mieux, ou ses idées, ou ses penchants. »[40] Au plan philosophique, la volonté de permettre au lecteur de faire un choix éclairé par la connaissance des thèses en présence sur la question évoquée plus haut du bien et du mal, de la vertu et du vice est parfaitement servie par la forme théâtrale, qu’il adopte dans ses romans, épistolaires ou dialogiques : la réponse de l’Église, celle de Rousseau, celle de l’extrémisme de la transgression de Sade sont exposées, comparées, critiquées au moyen de longues tirades de personnages situés psychologiquement et socialement. L’écart entre la vérité et le mensonge est aussi le moyen de faire progresser la première – à moins qu’on s’y trompe, et Sade adorait égarer…

On ne s’est pas éloigné du sujet de la misogynie en exposant les positions philosophiques de Sade. Il y est question de « l’homme » en terme générique (= être humain). S’il n’y a pas de différence de statut ontologique entre lui et les autres éléments de la nature que sont les vivants, animaux ou plantes, a fortiori n’y en a-t-il pas entre l’homme et la femme. Tous les êtres humains sont « semblables » en tant qu’ils sont des combinaisons de matière – « fluide nerval… atomes… particules nitreuses… humeurs… »[41] Et chacune et chacun sont différents, dotés des passions que leur confère la nature : faible ou fort, enclin à la vertu ou au vice, dominé ou dominateur… Il faut noter que cette conception tranche avec celle des autres philosophes des Lumières. On peut ainsi lire dans l’Encyclopédie[42] que les anatomistes regardent « en quelque manière la femme comme un homme manqué » et qu’elle « doit nécessairement être subordonnée à son mari et obéir à ses ordres dans toutes les affaires domestiques »… Sur ce sujet comme sur les autres, les philosophes matérialistes se distinguent : Helvétius soutient que les cerveaux de l’homme et de la femme sont semblables ; d’Holbach, anticipant Condorcet, dénonce « le sort des femmes (qui) est d’être tyrannisées »[43] et appelle à une égalité dans l’éducation. Ce qui n’est pas, très loin de là, le choix de Rousseau avec ses préconisations pour Sophie dans Émile

Il est au moins un texte signé de Sade (pour les discours de ses personnages allant dans ce sens, ils sont nombreux) qui reprend la thèse de l’inégalité anatomique. Citation : « Ne doutons pas qu’il y ait une différence aussi certaine, aussi importante, entre un homme et une femme qu’entre l’homme et le singe des bois : nous serions aussi fondés à refuser aux femmes de faire partie de notre espèce que nous le sommes de refuser à cette espèce de singe d’être notre frère. (…) La femme n’est qu’une dégradation de l’homme. »[44] Que penser de ce morceau de bravoure ? À l’évidence, que Sade jubile en rédigeant cette charge, quitte à se moquer de ses lecteurs qui le prendraient au sérieux. On ne sache pas que, dans sa vie et ses romans, le corps des femmes lui aient inspiré une répugnance particulière…

En fait, Sade, qui, comme on l’a vu, ne trouvait qu’avantage à respecter le modèle patriarcal dans sa vie d’époux, d’amant et de père, ne pouvait en tant qu’auteur que défendre les idées sur les femmes de l’école philosophique à laquelle il s’était rattaché. Ainsi, il ne soutint jamais, contrairement aux préjugés de son époque, que les femmes ne seraient pas faites pour les choses de l’esprit. Lorsqu’il était prisonnier à Vincennes, c’est à une amie (sans lien de galanterie) qu’il écrivit ses lettres les plus achevées philosophiquement. Théoricien du roman, il soutint que les femmes sont « plus faites pour (en) écrire (et pour) prétendre à plus de lauriers que nous »[45]. Son Idée sur les romans contient de nombreux hommages à des écrivaines : les libertines Ninon de Lenclos et Marion Delorme, bien sûr, mais aussi Madame de La Fayette, Madame de Gomez, et d’autres depuis lors oubliées. Enfin, les toutes premières « historiettes » qu’il écrivit en captivité s’inspirent d’un best-seller du début du 18e siècle, les Lettres historiques et galantes de Madame du Noyer.

Une défense de la femme active et désirante

Surtout, dans son domaine de prédilection, celui de la passion, il balaya la conception de la femme passive dans l’acte sexuel, qu’il ne représenta ainsi que dans le cadre du mariage, institution abhorrée. Pour Sade, la femme est active et désireuse ! Lors des orgies décrites dans ses romans se déversent des flots de « foutre », masculin et féminin mêlés, et les femmes ont des orgasmes à répétition… L’Histoire de Juliette s’ouvre ainsi sur un véritable cours d’éducation et de morale sexuelles à l’usage des filles : sont passés en revue le rôle primordial du clitoris, les plaisirs comparés (à l’avantage de la première) de la sodomie et de la pénétration vaginale, les bienfaits pour les femmes de relations sexuelles avec de multiples partenaires, hommes et femmes, avant puis après le mariage, la légitimité de l’avortement et de l’infanticide après la naissance… Les femmes, affirme Sade, ont davantage de désir sexuel que les hommes ; elles sont donc fondées à revendiquer, contre les hommes s’il le faut, le droit au plaisir :

« De quel droit les hommes exigent-ils de vous tant de retenue ? (…) Ne voyez-vous pas bien que ce sont eux qui ont fait les lois et que leur orgueil ou leur intempérance présidaient à la rédaction ? Ô mes compagnes, foutez, vous êtes nées pour foutre ! (…) Laissez crier les sots, les bégueules et les hypocrites. »[46]

Dans toutes les sociétés règne la domination, souvent infiniment cruelle, des hommes sur les femmes. Celles-ci sont donc fondées non seulement à secouer ce joug, mais à se venger : « Qu’elles sont flatteuses, qu’elles sont douces, les victoires remportées par la faiblesse sur la supériorité. Hommes féroces, massacrez des femmes tant que vous voudrez : je suis contente pourvu que je venge seulement dix victimes de mon sexe par une du vôtre. »[47]

Tout cela n’est pas vraiment misogyne. On pourrait même se demander si l’œuvre de Sade ne serait pas féministe…

Ce fut l’opinion d’Apollinaire.

« Le marquis de Sade, écrivit-il, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait aussi libre que l’homme. Ces idées, que l’on dégagera quelque jour, ont donné naissance à un double roman : Justine et Juliette. Ce n’est pas au hasard que le marquis a choisi des héroïnes et non pas des héros. Justine, c’est l’ancienne femme, asservie, misérable et moins qu’humaine ; Juliette, au contraire, représente la femme nouvelle qu’il entrevoyait, un être dont on n’a pas encore idée, qui se dégage de l’humanité, qui aura des ailes et qui renouvellera l’univers. »[48]

De fait, Justine et Juliette, les deux sœurs d’une égale beauté aux destins opposés, sont devenues des archétypes : la première de la vertu, la seconde du vice ; ou, plus justement, pour reprendre les sous-titres des deux ouvrages, des malheurs qu’entraîne la vertu et de la prospérité attachée au vice. Qui l’emporte ? On a, avec les trois versions de JustineLes Infortunes de la vertu (1787) Justine ou Les Malheurs de la vertu (1791), La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la vertu, suivi de L’Histoire de Juliette, sa sœur (1797) –, le cas le plus époustouflant de la capacité de mystification de Sade évoquée plus haut :

Dans les deux premières versions, Sade choisit explicitement de faire de la vertu la gagnante par KO du match qui l’oppose au vice. Justine, à la fin des deux romans, meurt frappée par la foudre[49] ; Juliette y voit un signe de l’Éternel, se repend aussitôt de ses péchés, renonce à ses biens mal acquis en faisant des « legs pieux », entre aux Carmélites où « elle devient l’exemple et l’édification ». « (Vous, lecteurs), puissiez-vous vous convaincre que le véritable bonheur n’est qu’au sein de la vertu et que si, dans des vues qu’il ne nous appartient pas d’approfondir, Dieu permet qu’elle soit persécutée sur la terre, c’est pour l’en dédommager dans le ciel par les plus flatteuses récompenses ! », prêche l’auteur, qui « déteste les sophismes du libertinage et de l’irréligion » ![50] Il est évident que Sade se moque de son monde, comme il mentit ouvertement lorsque, désireux de se faire publier alors que le Consulat inaugurait le règne de l’ordre moral bourgeois qui allait régner tout au long du 19e siècle, il nia mordicus être l’auteur de La Nouvelle Justine[51]. C’est pourtant dans cette troisième version qu’on le retrouve : là, la foudre qui abat Justine a tout l’air d’une formidable revanche de dom Juan : elle ne frappe pas le libertin au nom de la vertu, mais la vertu incarnée ! Elle entre dans le corps si souvent outragé de Justine par la bouche et ressort par le vagin. Ce coup du sort ravit Juliette et ses complices libertins : « – Qu’on a raison de faire l’éloge de Dieu, dit Noirceuil, voyez comme il est décent : il a respecté le cul. (…) Est-ce qu’il ne tente pas, Chabert ? Et le méchant curé répond en s’introduisant jusqu’aux couilles dans cette masse inanimée. »[52]

Qui est Juliette, donc ? Une femme jeune et voluptueuse, dont l’appétit sexuel est glouton et qui apprend vite à le satisfaire. Mais le ressort de sa conduite est moins la passion que le très rationnel appât du gain. Car elle est poussée par la nécessité. Vivre implique gagner de l’argent. Elle l’a compris dès sa prime jeunesse lorsque, fille de bonne famille (de banquier, plus précisément), elle fut chassée comme une malpropre du couvent où elle était pensionnaire avec sa petite sœur le jour même de la ruine et de la mort de leur père – et, cela, par l’abbesse, qui l’avait traitée jusqu’alors comme sa favorite et l’avait initiée à l’athéisme et à la luxure. Point d’argent, point de suisse ; cruelle leçon ! Qu’elle intègre immédiatement en allant prendre l’argent là où il est, chez les possédants. Il se trouve que ceux-ci exercent le pouvoir, car pouvoir et avoir se conjuguent aux mêmes temps. Juliette se frotte donc aux ministres, aux rois et aux reines, jusqu’au pape – toujours avec le même but : non pas leur retirer le pouvoir, mais leur dérober la plus grande part possible du fric que génère ce pouvoir. Telle est la justice dans une société injuste : « La dureté des riches légitime la coquinerie des pauvres. »[53] Juliette est donc une voleuse. Elle éprouve désir et admiration pour le brigand Brisa-Testa au « monstrueux engin », frère et époux de sa meilleure amie dont le plus grand exploit est d’avoir reçu un million de couronnes de récompense en dénonçant au roi de Norvège les conjurés dont il avait capté la confiance. Elle fera aussi bien et escroquera le roi de Naples en trahissant la reine qui était elle-même en train de voler son époux. Belle réussite qui ne vient pas toute seule. Il faut réfléchir, prévoir, être à la manœuvre. Elle se plie à cette discipline. Alors qu’elle atteint les sommets de la jouissance en multipliant jusqu’à l’épuisement avec ses protecteurs des orgies horrifiques où sont sacrifiées des dizaines de victimes, elle développe une stratégie du hold-up du siècle : « Combinez votre projet plusieurs jours à l’avance, réfléchissez sur toutes ses suites, examinez avec attention tout ce qui pourra vous servir. »[54] Calme, sang-froid, minutie, Juliette progresse jusqu’à un état d’indifférence à toute émotion qu’elle nomme « l’apathie », une façon de faire guider ses pensées à son profit par la Raison qui lui procure la volupté dans le mal en tant que tel : « J’aime à présent le mal pour lui-même ; ce n’est que dans son sein que mes plaisirs s’allument. »[55] Parfaite adepte de l’isolisme, elle ignore tout sentiment de solidarité. « La première des lois est celle de travailler à son bonheur, abstraction faite de tout ce que peuvent dire ou penser les autres. »[56] La froide Juliette a supprimé le mot « amour » de son vocabulaire et nage dans les eaux glacés du calcul égoïste. Si la vertu apporte le malheur comme l’indique le sous-titre de Justine et de La Nouvelle Justine, le vice ne fait pas tant le bonheur que la prospérité : « Aura-t-il tort, celui qui, quelque jour, écrira l’histoire de ma vie, s’il l’intitule : LES PROSPÉRITÉS DU VICE ? »[57], interroge-t-elle en conclusion de son Histoire.

La femme “nouvelle”

Tenant compte de ces éléments, peut-on voir dans Juliette « la femme nouvelle » que reconnut Apollinaire ?

Incontestablement, elle tranche avec l’image misogyne traditionnelle de la femme : faible petite chose effarouchée, ravissante idiote sentimentale. Juliette est forte, elle est dure, elle maîtrise son corps et sait en jouir, elle a l’esprit vif et précis que permet l’usage de la froide raison débarrassée des élans du cœur. « Le credo de Juliette est la science », notent Horkheimer et Adorno[58]. Les deux philosophes rapprochent « l’heureuse apathie » de Juliette, qui rompt avec « cette sensibilité dangereuse dont tant d’imbéciles s’honorent »[59], du « précepte affirmatif contenu dans la vertu qui est de soumettre toutes les facultés et les inclinations au pouvoir de la raison »[60] affirmé par Kant. Ils en font ainsi une représentante remarquable de l’ère nouvelle qui va s’ouvrir au 19e siècle avec la révolution industrielle, le mode de production mécanisé et la domination de la bourgeoisie qui substituent la seule loi du profit et du calcul rationnel aux oripeaux de la croyance et des passions de l’ancienne domination. La féministe Angela Carter note dans le même sens :

« Lorsque je songe à Juliette (…), je l’assois dans un de ces grands fauteuils de cuir rouge sis au sommet d’un des palaces servant de siège à Dieu sait quelle multinationale (…) et l’image la plus convaincante qui me vienne à l’esprit est celle de la fille style Cosmopolitan, dure, intelligente, éblouissante, aguicheuse. »[61]

Soit. Mais cette superwoman du monde de la finance, est-ce bien Juliette ? Comme la femme d’affaires à qui tout réussit, elle a l’argent pour critère de son action et lui sacrifie tout scrupule ; mais elle n’évolue pas sur le même marché et n’a pas le même type de capital à y investir. La première travaille ; rien que cette idée fait fuir Juliette. Il est à noter qu’il en est de même pour Justine : ruinée comme sa sœur, le seul moyen honnête de gagner sa vie est de travailler, mais elle répugne à cette idée, n’étant « pas née pour cet état »[62]. L’une et l’autre des deux sœurs portent en elles l’idéal de la femme entretenue, comme le sont les femmes qui ont touché le pactole avec le mariage, cette « union de deux personnes de sexe différent, mettant en commun, pour toute la durée de leur vie, la possession de leurs facultés sexuelles », comme l’écrivit Kant.[63] Hélas, ne disposant pas de dot, cette perspective leur est bouchée. Justine, « vivement attachée à des principes de religion, de pudeur et de vertu qu’elle avait, pour ainsi dire, sucés avec le lait »[64] refuse d’y renoncer et tente de préserver à tout prix son capital qu’est son hymen ; puis, après qu’elle est déflorée malgré ses supplications, s’il lui arrive de « polluer » ses partenaires lors des orgies auxquelles elle participe, c’est, au sens propre, à son corps défendant : elle n’éprouve, grand Dieu, non ! aucun plaisir, préservant ainsi sa pureté virginale identifiée à l’ignorance de la jouissance. Juliette, elle, aura un mari et des enfants, dont l’un de son père naturel. Elle les assassinera tous : le marché du mariage est de trop faible rendement pour elle ; celui de la perversité des puissants est hautement plus rémunérateur et elle y investit son corps que son exceptionnelle rouerie négocie au mieux. Ni Justine ni Juliette ne remettent ainsi en cause la domination masculine : la première s’y soumet docilement en espérant en être un jour récompensée, la seconde s’y coule en tentant d’en profiter. Les stratégies sont différentes, mais les règles du jeu sont fixées une fois pour toutes et acceptées. « Mettez-vous à genoux devant lui, adorez-le, félicitez-vous de l’honneur que je vous accorde en vous permettant d’offrir à mon cul l’hommage que voudrait lui rendre toute la terre »[65], ordonne Saint-Fond à Juliette. Être un.e lèche-cul est le passage obligé de la réussite sociale. Peut-être davantage qu’au diable qui s’habille en Prada, c’est plutôt à Esther Gobseck, dite La Torpille, la courtisane imaginée par Balzac qui ruine ses amants à la chaîne, que renvoie Juliette. « L’infâme Juliette »… « L’exécrable Juliette »…[66] écrit Sade qui ne voue pas une grande sympathie à sa créature…

Ainsi sont intriquées, au travers des personnages de Juliette et de Justine, les deux dominations, celle de l’homme sur la femme, celle du pouvoir et de l’argent sur la société. Sade n’a pas cessé de problématiser cette question, directement politique, tout au long de son œuvre. Il est ainsi arrivé que la planification de la perversité et de l’horreur, les systèmes organisés d’actes de barbarie, avec ses tortionnaires, ses bourreaux et ses garde-chiourmes qu’il imagine soient compris comme une apologie. C’est bien sûr le cas de Michel Onfray qui qualifie Les Cent Vingt Journées de « sommet d’abjection politique » et de « grand roman fasciste[67] ». Sade aurait adhéré politiquement aux projets de société induits par ses romans. La vérité du fascisme serait le sadisme et la vérité de Sade le fascisme… La preuve : « l’association Sade, sadisme et nazisme proposée par Pasolini »[68], qui tourna en 1976 Saló ou les 120 Jours de Sodome en référence explicite aux Cent Vingt Journées de Sodome. Certaines scènes du film sont difficilement soutenables, comme le sont les pages de son modèle ; et l’action se situe, comme on le sait, à Saló, capitale de l’État fasciste établi par les nazis de 1943 à 1945 dans la zone de l’Italie du Nord qu’ils occupaient militairement. Mais, dommage pour la démonstration de Michel Onfray, elle méconnaît ce que « proposait » explicitement Pasolini. Son film, indiquait celui-ci, est « une métaphore de la relation entre le pouvoir et la soumission », et « elle vaut pour toute époque ». Sade, insistait-il, a représenté « ce que le pouvoir fait au corps humain, la réduction du corps à la marchandisation du corps », jusqu’à « l’annulation de la personne de l’autre ». Il ajoutait qu’il voulait traiter avec son film « non seulement du pouvoir, mais de l’anarchie du pouvoir », c’est-à-dire d’un pouvoir dont les agissements « sont totalement arbitraires ou dictés par la seule logique économique, qui échappe à la logique commune »[69].

Cette explicitation du projet de Pasolini fournit un éclairage particulièrement convaincant de la portée politique – ou, si on veut, de la signification en termes de philosophie politique – de l’œuvre de Sade. La question posée tout au long de ses grands romans est celle du pouvoir et de sa dépendance à l’argent ; le sexe s’y présente sans cesse au travers du prisme de la domination par le pouvoir corrompu et de la marchandisation du corps. Peut-on imaginer, comme Rousseau l’a fait avec le contrat social pour sa vision de l’homme et de la société, un ordre social « sadien » libéré de la religion et du despotisme où pourrait se déployer la loi de la nature et ses « monstrueux écarts » ? Peut-être l’Histoire de Zamé dans Aline et Valcour[70] ou le fameux, mais sur bien des points ironique, Français, encore un effort[71] sont-ils des tentatives en ce sens. « N’assassinez point, n’exportez point » s’il s’agit de satisfaire les vœux de l’Église ou des tyrans, mais pratiquez la « dissolution morale »[72] et la non-répression du meurtre ; organisez l’obligation pour toutes les femmes et pour tous les hommes de répondre à dates fixes au désir sexuel des hommes et des femmes qui les trouvent à leur goût… On peut éventuellement repérer avec ces propositions ce qu’on pourrait nommer une utopie social-libertine ; mais Sade pouvait-il croire lui-même en leur « crédibilité », comme on dit aujourd’hui ? Ce n’est pas dans ce rêve et par tout un chacun que se déchaîne ce qui « plaît » à la nature – « Et l’inceste, et le viol, le vol, les parricides, / Les plaisirs de Sodome et les jeux de Sapho, / Tout ce qui nuit à l’homme ou le plonge au tombeau »[73] –, c’est dans la réalité et par ceux qui concentrent pouvoir et l’argent. À l’époque de Sade, le libertinage comme le matérialisme sont devenus l’apanage des puissants. Rappelons que Rousseau motiva la « répugnance naturelle » que lui inspirait d’Holbach en lui lançant : « Vous êtes trop riche »[74] ! Les libertins sont les nobles friqués, les bourgeois chercheurs de particule et leurs complices les juges et les prélats – ceux que Sade pensait être les siens et qui l’ont jeté au cachot et déclassé. Ces hommes, ne cessa-t-il de clamer, sont tout à la fois les grands de ce monde et les grands fortunés, et il ajouta : donc les grands criminels. Car pouvoir et cruauté, argent et corruption marchent du même pas : « Presque tous les vices n’ont qu’une cause dans le cœur de l’homme ; tous partent de son plus ou moins de penchant à la luxure ; ce penchant devenant féroce dans une âme forte entraîne à mille crimes politiques celui qui gouverne les autres. »[75]

Les puissants des romans de Sade, des Cent Vingt Journées aux Justine, d’Aline et Valcour à L’Histoire de Juliette sont bâtis sur le même modèle : des libertins nageant dans le crime, la débauche et l’opulence. Il s’agit de prédateurs. Leurs proies sont la chair de leurs victimes qu’ils transforment en viande et les richesses du pays qu’ils s’accaparent. Pilleurs et corrompus : ainsi les quatre libertins criminels des Cent Vingt Journées, « sangsues » liées « de plaisir et d’affaires » enrichies « à la suite des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’apaiser »[76] ou encore le ministre Saint-Fond, « bien faux, bien traître, bien libertin, bien féroce, infiniment d’orgueil, possédant l’art de voler la France au suprême degré »[77]… Prédateurs sexuels : ces libertins criminels sont des êtres proprement répugnants. On peut citer trois des plus féroces d’entre eux, qui prononcent les discours de haine des femmes les plus argumentés : Gernande[78], « l’un des plus grands scélérats qui ait jamais existé », peine-à-jouir doté d’un micropénis (pas vraiment le portrait de Sade), le cannibale Minski[79] (non plus) et Verneuil[80], qui dans ses attendus qualifie Rousseau de « mortel imbécile » et de « misanthrope » (ce qui le disqualifie).

C’est dans ce cadre, comme dominant corrompu ou dominée acceptant sa position, que se pratique le libertinage criminel. Il tend, comme on l’a noté avec Juliette et son « apathie », au plaisir du pouvoir pour le pouvoir, de l’argent pour l’argent et du mal pour le mal. Point d’arrivée de cette logique : dans le dernier roman de Sade, l’insatiable soif de pouvoir de la reine Isabelle balaie toute autre forme de plaisir[81]. Le choix du vice découle moins, dans ces conditions, d’une conviction philosophique que d’un pur calcul opportuniste :

« La vertu, quelque belle qu’elle soit, devient le plus mauvais parti qu’on puisse prendre quand elle se trouve trop faible pour lutter contre le vice et, dans un siècle absolument corrompu comme celui dans lequel nous vivons, le plus sûr est de faire comme les autres (…) Il vaut infiniment mieux prendre parti parmi les méchants qui prospèrent que parmi les vertueux qui échouent. »[82]

Est-ce l’ultime, et pauvre, réponse de Sade ; la seule qui lui reste pour contredire Rousseau ?  Colas Duflo semble déceler une sorte de troisième voie entre Rousseau et le triomphe du vice et du crime avec le personnage sans doute le plus essentiel d’Aline et Valcour, Léonore. Celle-ci peut être décrite, souligne-t-il, comme « une figure de l’anti-Rousseau (…), elle qui “érige l’insensibilité en système, l’athéisme en principe, l’indifférence en raisonnement” »,  mais elle « s’intègre dans le groupe des “vertueux”, à la différence qu’elle ne partage ni leur soumission ni leur impuissance ». Pour elle, en effet, « il n’y a pas de lien entre les mœurs et les opinions (…) : le libertinage est beaucoup plus aisé et fréquent chez ceux qui se cachent sous le masque de la dévotion que chez ceux qui qu’un athéisme déclaré oblige à la franchise dans les actions »[83]. La vertu qu’incarne Léonore, jeune femme charmante, élégante, vive, père bourgeois et mère aristocrate, comédienne (c’est dire combien Sade l’apprécie !) est celle qui vient de sa tête : « Je vais vous donner trop de preuves de sa vivacité pour ne pas vous prévenir avant tout d’en vouloir bien pardonner les écarts. »[84] « Épouse-t-on par amour aujourd’hui ?… C’est par intérêt ; ces seules lois doivent assortir les nœuds de l’hymen ; hé, qu’importe de s’aimer, pourvu qu’on soit riche ! »[85] Bref, elle a tout compris, et tout pour réussir dans la vie et dans le 19e siècle, qui s’annonce favorable au mérite et au calcul.

Certes, chronologiquement, dans l’œuvre de Sade, Léonore est antérieure à Juliette. Pour autant, la pensée de Sade a évolué et il n’est pas impossible que sa « façon de penser » à laquelle il tenait « plus qu’à la vie » en 1783[86] se soit modifiée au fil des ans. « Pouvons-nous maîtriser les passions, si nous naissons avec elles ? – Voilà précisément (…) l’excuse de ceux qui s’y abandonnent », écrivit-il en 1812[87]. Extraordinaire retournement :

« Nos penchants viennent de la nature, mais nous sommes les maîtres de la direction des effets. L’homme est tout ce qu’il veut par habitude ; qu’il s’efforce d’en adopter de bonnes dès son enfance, et l’excellente route que ses habitudes lui auront fait prendre le conduiront nécessairement à la vertu »

Est-ce le dernier mot de Sade ? En tout cas celui d’un homme qui constate que les passions, « la vieillesse ne les éprouve plus »…

Quoi qu’il en soit, et au-delà de ses interrogations sur le libertinage, il apparaît que la réflexion que Sade ne cessa de reprendre et de développer sur la fusion pouvoir/argent/violence/oppression des femmes est singulièrement actuelle. Car c’est la question que pose le mouvement d’aujourd’hui de refus des violences physiques et morales faites aux femmes : il nous fait mieux comprendre combien la prédation sexuelle peut être une dimension de l’exercice du pouvoir. Une dérive, certes, mais aussi une puissante motivation de la recherche de ce pouvoir, où qu’il s’exerce, c’est-à-dire dans toutes les institutions qui structurent la société : la famille, l’entreprise, les églises, l’État. On peut ainsi écrire les lettres C.Q.F.D. : il y a matière à discussion sur le point de savoir si l’œuvre de Sade est enrichissante pour le féminisme contemporain ; il est en revanche incontestable qu’elle n’est pas misogyne.

En conclusion

Deux ultimes remarques.

Un personnage atypique, présente dans L’Histoire de Juliette, n’entre dans aucune des catégories envisagées jusqu’ici. Il s’agit de la Durand, sorcière et empoisonneuse, qui, après avoir disparu depuis des centaines de pages, revient soudainement à la toute fin du roman après avoir « produit dans Venise une épidémie dans laquelle plus de vingt mille personnes étaient mortes » et remet généreusement un million et demi de livres de rente à Juliette. « Je te rends heureuse et me voilà contente »[88], commente-t-elle simplement. La Durand est « une très belle femme (…) aux formes bien prononcées (qui a) les plus belles fesses et les plus beaux tétons qu’il fût possible de voir »[89], mais qui présente deux particularités anatomiques : un clitoris démesurément long qui lui permet de sodomiser hommes ou femmes, et un vagin anémié qui ne peut pas être pénétré. Par ailleurs, cette sorcière est une athée convaincue ; ses sortilèges proviennent donc en fait de ses connaissances de la matière et de ses mouvements, telle « l’électricité dont l’analyse ne nous est pas encore suffisamment connue »[90]. Enfin, la Durand ne dépend de personne, elle n’a pas de protecteur, vit de ses tours de magie et disparaît sans laisser d’adresse quand bon lui semble. Une intersexuelle, financièrement indépendante, émancipée sexuellement, en avance intellectuellement sur son temps, criminelle puisque telle est sa nature mais fidèle en amitié – troublant personnage dont la modernité est stupéfiante.

Et les hommes ? Tous les « grands » personnages de Sade sont bâtis sur le même modèle : des hommes mûrs, concentrant le pouvoir et l’argent, fourbes, corrompus, cruels, libertins criminels. Les jeunes hommes qui tombent entre leurs griffes, généralement des apollons, sont violés, violentés, saignés, tués comme le sont les femmes. Parfois passe un brave type, insignifiant, ou un idiot tel « l’homme-machine » (sic !), un jardinier doté d’un membre exceptionnel que Juliette et sa copine s’amusent à déniaiser. Et puis, au milieu de tant de spécimens d’humanité peu reluisants, un moine athée, dom Gaspard, ami de Léonore, qui donne de la voix : « Eh quoi ! s’insurge-t-il, faut-il absolument révérer des chimères pour avoir le droit d’être honnête homme ? J’aime mes frères, je les soulage, la bienfaisance est le sentiment de mon cœur, je ne pleure ma médiocrité que parce qu’elle me prive du charme de faire des heureux ; (…) je suis sensible à l’amour, c’est la jouissance des honnêtes gens ; je hais le vice, je suis enthousiaste de la vertu, et finirai tranquillement mes jours dans ses maximes, sans désirer les joies ridicules du paradis, et sans craindre les flammes absurdes de l’enfer. »[91] A-t-on bien lu ? Un homme à l’esprit juste qui se comporterait en être droit et solidaire, serait-ce imaginable ?

On s’arrêtera à ce point d’interrogation. En l’éclairant de la phrase de conclusion de l’essai que Simone de Beauvoir consacra à Sade : « Ce qui fait la suprême valeur du témoignage de Sade, c’est qu’il nous inquiète. Il nous oblige à remettre en question le problème essentiel qui hante ce temps : le problème de l’homme à l’homme. »[92]

Jean-François Gau, après des études de philosophie, a été enseignant, journaliste et responsable national du Parti communiste

[1] Michel Onfray, Sade ou « les plaisirs de la cruauté », in Contre-histoire de la philosophie, quatrième partie, Les Ultras des Lumières, Grasset, 2007.

[2] Michel Onfray, Le Souci des plaisirs, Flammarion, 2008.

[3] Michel Onfray, La Passion de la méchanceté, Sur un prétendu divin marquis, Autrement 2014.

[4] Onfray, Contre-histoire…, op. cit.

[5] Onfray, La Passion de la méchanceté, op. cit.

[6] Ibid.

[7] Onfray, Contre-histoire…, op. cit.

[8] Maurice Ulrich, Quand ils voudraient en finir avec Sade, article de L’Humanité, 4 décembre 2014.

[9] Onfray, La Passion de la méchanceté, op. cit.

[10] Michel Onfray, interview pour Le Figaro, 26 septembre 2014.

[11] Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve (1908), Gallimard, Folio/Essais, 1987.

[12] Sade, La Philosophie dans le boudoir (1795), Maxi-Livres, 1994.

[13] Cf. sa Lettre de juin 1783 à Madame de Sade, in Lettres d’une vie, choix de lettres, 10/18, 2014.

[14] Sade, Lettre du 12 juin 1791 à Rainaud, ibid.

[15] Sade, Les Cent Vingt Journées de Sodome, ou L’École du libertinage (vers 1785), 10/18, 2014.

[16] Deux ouvrages, dont Sade s’est inspiré, se distinguent par leurs qualités littéraire et philosophique dans cette abondante production pornographique : Histoire de Dom Bougre, portier des Chartreux (1741), attribué à Gervaise de Latouche, en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Portier_des_Chartreux, et Thérèse philosophe (1748), attribué à Boyer d’Argens, Librio, 2000.

[17] Encore que cet « autre âge » ne soit pas si éloigné de nous que ça : l’interdiction d’Eden, Eden, Eden (1970) de Pierre Guyotat n’a été levée qu’en 1981 et celle de Septentrion (1963) de Louis Calaferte qu’en 1983.

[18] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie (1797), 10/18, volume I, 1976.

[19] Sade, note de l’auteur, ibid.

[20] Colas Duflo, Philosophie des pornographes, Seuil, coll. L’Ordre philosophique, 2019.

[21] Il s’inspira particulièrement de la Lettre de Thrasybule à Leucippe (1768), attribuée à Nicolas Freret, en ligne : https://plusdelumiere.blogspot.com/2007/03/1720-lettre-de-thrasybule-leucippe.html

[22] Sade, Idée sur le roman (1800), Mille et une nuits, 2003.

[23] Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), Éd. sociales, 1971.

[24] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] La Mettrie, L’Homme machine (1747), in Textes choisis, Éditions sociales, 1954.

[28] D’Holbach, Système de la nature (1770) in D’Holbach portatif, Jean-Jacques Pauvert, 1967.

[29] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[30] Sade, La Vérité (1787), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Vérité_(Sade

[31] Ibid.

[32] Annie Le Brun, Soudain un bloc d’abîme, Sade (1986), Gallimard, Folio/Essais, 2014.

[33] Ibid.

[34] Sade, L’Histoire de Juliette, sixième partie (1797), 10/18, volume III, 1976.

[35] Sade, La Nouvelle Justine, ou Les Malheurs de la vertu (1797), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/La_nouvelle_Justine/Chapitre_premier

[36] Annie Le Brun, op. cit.

[37] Sade, Oxtiern, ou Les Malheurs du libertinage (1790), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Oxtiern,_ou_les_Malheurs_du_libertinage

[38] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[39] Sade, Les Cent Vingt Journées, op. cit.

[40] Sade, Aline et Valcour ou Le Roman philosophique, lettre 38, note de l’auteur (1793), Le Livre de poche, 1994.

[41] Ibid.

[42] Article Femme de l’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et de métiers (1751), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/L’Encyclopédie/1re_édition/FEMME.

[43] D’Holbach, Système social (1773), in op. cit.

[44] Sade, Note de l’auteur, in L’Histoire de Juliette, troisième partie (1797), 10/18, volume II, 1979.

[45] Sade, Idée sur le roman (1800), Mille et une nuits, 2003.

[46] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[47] Ibid.

[48] Apollinaire, L’Œuvre du marquis de Sade (1909), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/L’Œuvre_du_Marquis_de_Sade/Introduction

[49] La foudre entre par le sein et sort par la bouche dans Les Infortunes et par le milieu du ventre dans Justine.

[50] Sade, Justine ou Les Malheurs de la vertu (1791), Le Livre de poche, 1990.

[51] « On m’accuse d’être l’auteur du livre infâme de Justine. L’accusation est fausse, je vous le jure au nom de ce que j’ai de plus sacré. » (Sade, Lettre du 20 mai 1802 à André Joseph Abrial, ministre de la Justice, in Lettres d’une vie, op. cit.) De même dans Idée sur les romans (op. cit.) : « Qu’on ne m’attribue donc plus (…) le roman de J… ; jamais je n’ai fait de tels ouvrages, et je n’en ferai sûrement jamais ; il n’y a que des imbéciles ou des méchants qui, malgré l’authenticité de mes dénégations, puissent me soupçonner ou m’accuser encore d’en être l’auteur, et le plus souverain mépris sera désormais la seule arme avec laquelle je combattrai leurs calomnies. »

[52] Sade, L’Histoire de Juliette, sixième partie, op. cit.

[53] Sade, Justine, op. cit.

[54] Sade, L’Histoire de Juliette, quatrième partie (1797), 10/18, volume II, 1976.

[55] Ibid.

[56] Sade, L’Histoire de Juliette, cinquième partie, (1797), 10/18, volume III, 1976.

[57] Sade, L’Histoire de Juliette, sixième partie, op. cit.

[58] Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, Juliette, ou Raison et morale, in La Dialectique de la Raison (1969), Gallimard, coll. Tel, 1983.

[59] Sade, L’Histoire de Juliette, cité par Horkheimer et Adorno, op. cit.

[60] Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, cité par Horkheimer et Adorno, op. cit.

[61] Angela Carter, La Femme sadienne, éd. Henri Veyrier, 1979.

[62] Sade, La Nouvelle Justine, op. cit.

[63] Kant, Métaphysique des mœurs (1797), GF Flammarion, 1999.

[64] Sade, La Nouvelle Justine, op. cit.

[65] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[66] Sade, L’Histoire de Juliette, sixième partie, op. cit.

[67] Onfray, Contre-histoire…, op. cit.

[68] Onfray, La Passion de la méchanceté, op. cit.

[69] Interview de Pasolini sur Saló (en italien), en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=PtAhGCmlVqs

[70] Sade, Aline et Valcour, lettre 35, op. cit.

[71] Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicains, in La Philosophie dans le boudoir, op. cit.

[72] Ibid.

[73] Sade, La Vérité, op. cit.

[74] Rousseau, Les Confessions, livre VIII (1770), Gallimard, coll. La Pléiade, 1969.

[75] Sade, L’Histoire de Juliette, cinquième partie, op. cit.

[76] Sade, Les Cent Vingt Journées…, op. cit.

[77] Sade, L’Histoire de Juliette, première partie, op. cit.

[78] Sade, La Nouvelle Justine, op. cit.

[79] Sade, L’Histoire de Juliette, troisième partie, op. cit.

[80] Sade, La Nouvelle Justine, op. cit.

[81] Sade, Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France (1814), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_secrète_d’Isabelle_de_Bavière,_reine_de_France

[82] Sade, La Nouvelle Justine, op. cit.

[83] Colas Duflo, op. cit.

[84] Sade, Aline et Valcour, lettre 38, op. cit.

[85] Ibid.

[86] Sade, Lettre de début novembre 1783 à Madame de Sade, in Lettres d’une vie, op. cit.

[87] Sade, Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe (1812), en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Adélaïde_de_Brunswick,_princesse_de_Saxe

[88] Sade, L’Histoire de Juliette, sixième partie, op. cit.

[89] Sade, L’Histoire de Juliette, troisième partie, op. cit.

[90] Ibid.

[91] Sade, Aline et Valcour, lettre 38, op. cit.

[92] Simone de Beauvoir, Faut-il brûler Sade ? (1955), Idées/Gallimard, 1972.

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