La philosophie du Marquis de Sade

SADE

Le Marquis de Sade : une philosophie de la Sexualité, du Mal et de la Morale

Père du sadisme, homme de lettres et philosophe, le Marquis de Sade est une figure mythologique de la littérature française. Mythologique et caricaturée, tant il apparaît que sa réputation dépasse de loin son œuvre, vue comme le symbole de la cruauté gratuite et du libertinage. Essayons donc d’y voir clair.

Bien au-delà des poncifs auxquels sont réduits les textes de Sade, il apparaît aux analystes comme philosophe prônant une morale de la subversion, l’athéisme et le renversement de la table des valeurs, Sade apparaît comme un libre penseur. Emprisonné la quasi-moitié de sa vie (28 ans !), il écrivit beaucoup (et vous noterez le paradoxe) pour établir un ordre antisocial. Ses œuvres majeures sont :

Justine ou les Malheurs de la vertu

– La Philosophie dans le Boudoir (ou Les instituteurs Immoraux)

– Les 120 jours de Sodome

– Les Crimes de l’Amour

Sade, Dieu, la question du Mal et nature :

Si l’athéisme est le “système de tous les gens qui savent raisonner“, alors l’homme est seul dans l’Univers. Mais Sade fait de cette solitude une source de liberté. Le mal n’existe plus. L’homme est seul juge de ce qui est bien ou mal.

Quand l’homme se livre à l’homicide, c’est une impulsion naturelle qui le pousse, l’homme qui détruit son semblable est à la nature comme ce que lui sont la peste et la famine”

Le meurtre chez Sade n’est pas condamnable du point de vue de la nature. L’homme naturel dépasse les conventions, vit selon les règles pré-sociales. Même du point de vue social, le crime est légitimé : “La fierté du républicain demande un peu de férocité, s’il s’amollit, si son énergie se perd, il sera bientôt subjugué“. Le meurtre doit même remplacer la peine de mort. La régulation des passions doit être laissée à la nature. En cela, Sade est anti-étatiste.

L’homme et la société selon Sade :

La philosophie de Sade sur l’homme est claire : celle de l’intérêt. L’homme sadien n’est pas l’homme kantien : pas de morale sacrificielle, pas d’intérêt général, mais un calcul froid sur ce que peuvent lui apporter les autres ou les situations : “Il ne faut jamais calculer les choses que par la relation qu’elles ont avec notre intérêt“.

Sade défend aussi l’idée d’une absence d’identité ou d’universalité entre les hommes. Chacun, nous dit-il, est unique et porté par sa propre nature, on ne peut donc pas leur demander d’agir de la même manière. En découle un relativisme moral, fondée sur une conception différenciée de l’homme, qui rappelle celle de Sartre sur la question de la nature humaine :

Je vous demande si elle est bien juste la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecter celui qui a tout : ce qui va pour l’un ne va pas à l’autre”

La société rêvée de Sade est une société de l’animalité, anarchique et violente dans laquelle les individus sont tout. Rien ne doit endiguer leurs passions. Aucune sublimation, ou transformation de la passion n’est bonne : Sade est un philosophie de la libération des passions.

Jusque dans le langage, l’homme doit braver les interdits, faire du blasphème une culture :

Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et ceux du blasphème servent bien l’imagination. Il n’y faut rien épargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions ; il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est très doux de scandaliser : il existe là un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement à dédaigner

Postérité de la philosophie de Sade :

La philosophie de Sade est une philosophie du surmoi libéré. L’érotisme et la violence ne sont que des expressions de sa conception de la subjectivité, fondée sur le plaisir et à un retour à l’état de nature. Au fond, Sade est un philosophe de la liberté, dans ce qu’elle a de plus extrême, de plus noire. Freud et Nietzsche lui seront redevables de son apport sur la morale et la libération du moi. De même, sur le plan politique, l’anarchisme de Bakounine, par exemple, s’inspirera de sa conception de l’absolue liberté, de son refus de l’autorité.

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1 Response

  1. Anonymous says:

    Sade comprend le terme du bonheur, mais pas celle du bonheur régulier et surement pas la psychologie.

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