La philosophie d’Epicure

Epicure le philosophe

Epicure, philosophe du plaisir minimal et de la non-souffrance

Le philosophe Épicure (341 – 270 av. J.-C.) vécut en Grèce en une époque déchirée, où les cités helléniques déclinent.

Épicure laissera une œuvre immense dont il nous reste :

-          Une Lettre à Hérodote

-          Une Lettre à Pythoclès

-          Une Lettre à Ménécée

-          … et quelques maximes

Son disciple latin est Lucrèce (98 – 55 av. J.-C.): à la mort d’Épicure, sa doctrine se répand, en effet, dans le bassin méditerranéen et, tout particulièrement, dans le monde latin et romain.

Lucrèce hérite, pour l’essentiel, des idées de celui qu’il vénérait à l’égal d’un Dieu, comme il nous le dit lui-même dans le De Natura rerum (De la nature des choses). Seule la notion de clinamen semble différencier les deux œuvres (quoique le problème soit très controversé).

Épicure et Lucrèce sont les grands représentants du matérialisme antique : à leurs yeux, tout est matériel, y compris l’âme humaine.

Nous vous recommandons notre article sur les citations d’Epicure.

Epicure et la canonique :

Le point de départ de la doctrine des Epicuriens est la canonique : ensemble de canons de la pensée, c’est-à-dire de critères ou de règles concernant la vérité.

-          Sont critères du vrai les sensations, représentations sensibles, directes et exacte de la vérité.

-          Aux yeux d’Epicure, tout ce qui est perçu, loin d’être subjectif et relatif, est au contraire vrai, réel et véridique.

-          La sensation nait d’une rencontre et d’un contact avec les simulacres, sortes de fines particules ou d’effluves émis par le corps.

Épicure est sensualiste : il attache à la représentation sensible un rôle capital dans la formation du savoir.

-          Néanmoins, il fait également intervenir les prolepses, encore appelées prénotions ou anticipations de la perception.

-          Quand une sensation ou expérience sensible est répétée plusieurs fois, elle laisse en nous une empreinte, réminiscence des sensations antérieures, qui nous permet de devancer toute nouvelle sensation et de reconnaitre les objets.

La physique : la doctrine atomiste d’Epicure

La physique, pièce maitresse de la doctrine des Épicuriens (car elle permet d’édifier une éthique fondée en raison), désigne une représentation de la nature et du monde.

-           Élaborée sur la base des enseignements de Leucippe et Démocrite, deux penseurs pré socratiques, elle adopte, comme principes explicatifs des divers aspects du réel, le jeu et les combinaisons variées des atomes, éléments immuables, insécables et infinis en nombre qui forment les corps composés.

-          Les mouvements des atomes dans l’infinité du vide, leur pesanteur et leurs chocs donnent la clef de la totalité des phénomènes de l’univers.

-          Ainsi, sont éliminées les diverses représentations mythologiques, qui laissent désormais la place à une doctrine rationnelle, fondée en raison.

Enfin, la doctrine épicurienne fait intervenir la notion de clinamen (on ne sait qui en est réellement l’auteur) :

-          Le clinamen désigne le mouvement spontané par lequel les atomes sont en mesure de dévier de la ligne de chute causée par la pesanteur.

-          Il y a là une sorte de liberté mécanique servant de fondement physique à la liberté humaine.

►  Par leur clinamen ou déclinaison, les atomes prennent l’initiative d’un mouvement « rompant les lois du destin », comme l’écrit justement Lucrèce.

L’âme, elle aussi, représente un composé d’atomes matériels, un ensemble très subtil répandu dans tout le corps.

-          C’est une partie du corps comme les pieds ou les oreilles.

Enfin, les dieux, simples agrégats d’atomes, sont des réalités corporelles et bienheureuses qui vivent dans les intermondes. Ainsi l’atome constitue-t-il le centre de la doctrine épicurienne.

Epicure, la sagesse et la morale :

Cette physique matérialiste nous ouvre les chemins de la paix et de la sérénité, de l’ataraxie, à savoir l’absence de trouble et d’inquiétude.

Tout d’abord, nous n’avons pas à craindre les dieux, qui sont des êtres immortels et bienheureux. Mais nous devons également nous pénétrer de l’idée que la mort ne nous concerne en rien.

-          Que désigne, en effet, la mort ? la dissolution et la perte définitive de la sensibilité, un simple épisode physique qui ne saurait nous troubler.

-          Etre mort, c’est être dissous, c’est-à-dire, être dépourvu de sentiment.

-          Or, nous n’avons nulle raison d’expérimenter l’angoisse à propos d’un simple fait physiologique.

-          La mort est la mort de la mort, puisque, une fois morts, nous ne la penserons pas.

La seule chose réelle qui s’offre à nous, c’est le plaisir, jouissance stable et sans douleur, ayant ses racines dans le corps et dans la chair.

-          « Le plaisir, que nous avons en vue est caractérisé par l’absence de souffrances corporelles et de troubles de l’âme ».

-          Ce plaisir est en repos et en équilibre : le sage recherche les plaisirs naturels et nécessaires, engendrant une jouissance stable, naturelle et paisible.

Ici, prend place une distinction célèbre dans l’éthique épicurienne. Il existe trois catégories de désirs :

-          Les désirs naturels et nécessaires :

►  Les seuls qui doivent être retenus, représentent les mouvements qui nous conduisent à nous satisfaire conformément à la nature (être à l’abri de besoins physiques, se nourrir de pain, d’eau…)

-          Les désirs naturels et non nécessaires :

►  Correspondent à une recherche d’objets variés, raffinés (ex : des boissons fines, une nourriture exquise…)

-          Les désirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires :

►  Sont des tensions de l’âme vers des opinions ou des jugements creux ou vains (ex : le désir de la gloire et de la renommée…)

Le sage se contente uniquement des plaisirs naturels et nécessaires.

Ainsi se dessine la figue du Sage épicurien, jouissant de la paix, du plaisir stable et en repos. Il acquiert une parfaite tranquillité d’âme, après avoir banni les vaines craintes concernant les dieux et la mort.

-          Le sage est celui dont la raison règle les jugements et qui se suffit à lui-même.

-          Tout est matériel, pense-t-il et le matérialisme qu’il professe l’ouvre à la paix spirituelle.

La philosophie désigne, dans cette perspective, non pas une science pure et théorique, mais une action et une énergie procurant, par des raisonnements, la vie bienheureuse.

Pour aller plus loin sur Epicure :

L’épicurisme

Citations d’Epicure

Epicure et la mort

You may also like...

12 Responses

  1. Eyi Megne Giovanni says:

    this is it

  2. réflexion sur la mort says:

    la philosophie d’épicure sur la mort est indépassable. si la mort existe, je ne suis plus, donc je n’ai pas à la craindre. mais c’est aussi et surtout une philosophie de la vie

  3. kamto dieudonne says:

    cette philosophie nous defait d un fardeau trop lourd pour la contience. par consequant libert l esprit. d ou epanuissement du geni.

  4. kamto dieudonne says:

    l idee de la mort est beaucoup trop presente en l homme

    cette philosophie nous defait de ce
    fardeau trop lourd pour la contience. par consequant libert l esprit. d ou epanuissement du geni.

  5. Anonymous says:

    le sage parmi les sages

  6. Jemy says:

    Quelle est la fin de la philosophie pout Epicure ?

  7. Aboulit says:

    Pour répondre à Jemy, la fin de la philosophie d’Epicure est le plaisir : celui-ci est le commencement et la fin de la vie heureuse.
    Pour répondre à l’auteur de l’article, Epicure vise certes une vie frugale, mais dans le but de parvenir à un plaisir maximal. Voir http://cogitarum.net/index.php/articles/epicure-une-frugalite-heureuse

  1. 20/07/2012

    [...] La philosophie d’Epicure [...]

  2. 16/10/2012

    [...] à ces deux : 460-370 avant JC) dont le matérialisme et l’atomisme ont inspiré ceux d’Epicure et de [...]

  3. 16/10/2012

    [...] Epicure, philosophe grec, nous a laissé pour seule œuvre trois lettres : la première, Lettre à Hérodote, présente sa métaphysique, la seconde, Lettre à Pythoclès, donne des explications atomiques aux phénomènes météorologiques, la troisième et la plus importante, Lettre à Ménécée, introduit son éthique. C’est à cette dernière lettre que nous nous intéressons aujourd’hui. [...]

  4. 28/10/2012

    [...] théorie selon laquelle le sage ignore la peur de la mort repose sur le matérialisme d’Epicure. En effet, l’âme est matière, laquelle est détruite par la mort. Ni paradis, ni [...]

  5. 31/10/2012

    [...] “La philosophie d’Epicure n’est pas une école des désordres : elle est injustement [...]

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>