La morale de Sartre


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Sartre

L’éthique de Sartre, produit de l’ontologie existentialiste

Après le billet consacré à l’Existentialisme est un humanisme, penchons-nous sur la morale de Sartre, que l’on peut qualifier de morale existentialiste, telle que Sartre l’a exprimée dans trois ouvrages :

Cahiers pour une morale

Critique de la raison dialectique

L’Etre et le Néant

Sartre , après l’ontologie bâtie dans l’Etre et le Néant, annonce à la fin de l’ouvrage une pratique, une philosophie éthique. Dans Cahiers pour une morale et l’Existentialisme est un humanisme, Sartre a tenté de donné un sens pratique à la phénoménologie, c’est-à-dire de dégager les conséquences pour le sujet de sa liberté ontologique radicale. L’ontologie est le chemin naturel de l’éthique.

Sartre et la morale matérialiste et marxiste :

Sartre veut séparer la valeur du matérialisme historique (= réintégration du sujet moral dans la positivité de l’être-en-situation) et la métaphysique matérialiste.

Pour Sartre, on ne peut plus soutenir ni que le “moi crée le monde”, ni que le monde a crée le moi, car le moi et monde sont contemporain : le Pour-soi et le monde surgissent de manière concomitante.

Ainsi, Sartre construit une éthique de la finitude qui veut répondre à la question : Comment vivre la liberté du Pour-Soi, cet être qui est ce qu’il n’est pas et qui n’est pas ce qu’il est, et donc se définit comme l’ouverture aux possibles ?

Le Pour-Soi doit intérioriser sa finitude, il a à être fini. C’est cette méditation de notre finitude qui fonde la morale, au lieu de lui retirer tout sens.

En effet, la finitude implique que je suis dans un monde que je ne maîtrise pas, mes actes peuvent avoir des conséquences infinies. Mais c’est parce que le destin de mes actes m’échappe que je dois choisir entre des possibles, donc que je suis une pure liberté. Les conséquences de mes actes sont donc à revendiquer par le sujet : “la liberté doit assumer ce qu’elle n’a pas fait pour revendiquer ce qu’elle ignore“.

Comment l’historicité, le fait d’être dans une époque non choisie, peut-elle être compatible avec ma liberté ?  Les deux sont compatibles car le sujet est un projet de liberté, une projection dans l’avenir, une transformation de sa facticité. On doit agir sur la facticité pour se la réapproprier. La morale commence par la saisie de ma contingence, par le devoir-être.

Sartre, l’Ontologie et l’éthique :

Le Pour-Soi est l’être par qui les valeurs existent en tant que sa liberté est l’unique source de la valeur“.

La liberté est le moment de dépassement des faits vers les valeurs. La conscience, comme présence à soi, est également projet, dépassement, éclatement. Le sujet n’est pas ce qu’il est parce qu’il projette d’être toujours autre chose que ce qu’il est. Le cogito est une conscience morale puisque la conscience réflexive (=qui pense le moi) dévoile du même coup les valeurs.

Sartre, l’Éthique de l’intersubjectivité :

Le cogito me découvre l’existence d’autrui au même titre que ma propre existence. Le Pour-Soi mène ainsi au Pour-Autrui. Sartre réfute en effet le solipsisme (=seul moi existe) et il est le premier à envisager autrui dans sa relation morale (le mit-sein de Heidegger étant une relation abstraite, ontologique qui ne dit rien sur la coexistence concrète). Sartre fait du lien moi/autrui le lieu de la philosophie pratique et morale.

La relation morale à autrui est celle qui évite l’aliénation (=domination de l’Autre), laquelle peut prendre 4 formes :

aliénation par la nature humaine : la nature définit l’être en tant que ce qu’il doit être (conception essentialiste de l’homme)

– l’aliénation par le droit et le devoir : pour Sartre, “le devoir est l’autre au coeur de ma volonté, un esclavage sans maître”. Sarte refuse ce sacrifice de l’individu à l’humanité. Le devoir est synonyme d’aliénation. De même, Sartre est anti-juridique car ma liberté ne saurait être réduite par celle d’autrui.

– l’aliénation par les valeurs : L’idée que les valeurs soient données, et non créées, désigne l’esprit de sérieux chez Sartre. Les valeurs ne sont pas transcendantes, mais immanentes.

– l’aliénation par l’inconscient : si c’est l’inconscient qui agit pour moi, je ne saurai être responsable, donc libre, donc moral. L’inconscient, c’est l’autre en ma conscience, une force d’auto-aliénation.

L’Autre est donc une catégorie qui permet de penser toutes les formes d’aliénation.

Sartre pose également deux types de transcendances : L’Ego et Dieu :

– l’Ego est la partie en-soi de la conscience, c’est ce qu’autrui fait de moi. La liberté doit être débarrassée du Je et du Moi comme formes de la priorité de l’Autre.

– Dieu : l’absolument autre qui me domine, car il me dicte sa loi et me donne une essence à laquelle je ne peux échapper.

Par conséquent, la morale se fonde sur le refus de l’aliénation, quelle que soit sa forme. La liberté doit être création du monde, autrement dit annulation progressive de la facticité.

Sartre : Éthique de l’individu et éthique du sujet

L’éthique de Sartre n’est pas une éthique l’autonomie (cf. Kant et la loi morale), mais une morale de l’indépendance, de l’individualité pour qui le sujet refuse toute soumission à une loi extérieure, se considère comme unique source des valeurs.

L’absence d’essence, chez l’homme, est ce qui rend possible la morale. Sartre a posé qu’une existence libre est créatrice de valeurs, la relation non-aliénante à autrui et la tension vers l’universalité.


Pour aller plus loin sur Sartre :

Existentialisme est un Humanisme

Citations de Sartre

La liberté chez Sartre

La mauvaise foi

L’enfer c’est les autres

La Nausée

 

6 Responses

23/05/2011

[…] La morale de Sartre […]

  • 02/11/2011

    […] – La morale de Sartre […]

  • 21/05/2012

    […] La morale de Sartre […]

  • 22/05/2012

    […] La morale de Sartre […]

  • 26/06/2012

    […] – La morale de Sartre […]

  • 21/11/2012

    […] American Beauty, film philosophique, est un portrait au vitriol de l’Amérique des années 2000, une Amérique dont l’ennui est aussi grand que sa prospérité. La thèse du réalisateur, Sam Mendes, est que le soi-disant rêve américain, ce mode de vie aseptisé et consumériste, éteint la subjectivité et son potentiel créatif. Le personnage principal cherchera ainsi à se désaliéner du piège de la classe moyenne, de cet homme moyen qu’il est devenu (homme moyen dont parle Sartre dans ses Cahiers pour une morale). […]

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