La Politique chez Spinoza


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Spinoza, penseur politique

La réputation de Spinoza comme penseur politique est trop souvent éclipsée par sa réputation de métaphysicien. Néanmoins, la philosophie de Spinoza comporte un volet politique important dont les écrits ont une signification et une influence durables sur la tradition philosophique. Dans ses deux traités politiques, Spinoza défend la gouvernance démocratique, la liberté de pensée et d’expression, et la subordination de la religion à l’Etat. Sur la base de sa métaphysique panthésite, Spinoza  critique les conceptions classiques sur le droit et le devoir.

Dieu, la nature et la politique:

Trois des arguments les plus frappants  de l’Éthique de Spinoza sont que :

– toutes les choses viennent à exister et à agir nécessairement des lois de la nature de Dieu

– la nature n’agit pas à cause de quelque fin ou le but

– la nature est partout et toujours identique

Collectivement, ces trois arguments impliquent que le comportement humain, comme le comportement de tout le reste, est complètement nécessaire, régi par l’immuable et loi de la  Nature. Ceci constitue la toile de fond métaphysique à partir de laquelle Spinoza développe sa théorie politique. Ce naturalisme conduit à adopter des vues radicales concernant la source et le statut des droits, des obligations, et les lois. Comme nous le verrons, c’est précisément son naturalisme en profondeur qui sépare Spinoza des autres théoriciens politiques.

Le naturalisme de Spinoza exclut les conceptions transcendantes de Dieu. Ceux qui croient en un Dieu transcendant ne peuvent “imaginer qu’il y ait deux pouvoirs bien distincts l’un de l’autre, la puissance de Dieu et la puissance de la nature …. ils imaginent la puissance de Dieu pour être comme la règle d’un potentat royale, et la puissance de la nature pour être une sorte de force et d’énergie“. Bien sûr, selon Spinoza, Dieu n’est pas un législateur transcendant, Dieu est la nature elle-même. L’explication naturaliste de Spinoza implique que toutes les arguments faisant du droit un résultat de la  volonté de Dieu sont spécieux. C’est un reproche direct non seulement des défenseurs du droit divin des rois, mais aussi de la plupart des comptes de droits naturels comme des droits qui ont été adoptés par de nombreux théoriciens du XVIIe siècle.

Par ailleurs, ce naturalisme exclut aussi les conceptions  dualistes de la nature selon laquelle il existe un ordre normatif des choses, différent de l’ordre réel des choses. Cette conception sape les hypothèses téléologiques qui forment la base de la théorie du droit naturel, que ce soit thomiste ou protestante. Même ceux qui voulaient séparer le droit naturel de la théologie (par exemple, Pufendorf), et ceux qui souligné le rôle de la volonté de Dieu. Selon ce point de vue, les humains agissent de manière contraire à la nature quand ils agissent contrairement aux dispositions des la raison. Spinoza attaques ce point de vue, selon lequel «les ignorants qui violent l’ordre de la nature plutôt que de s’y conformer, se pensent dans la nature comme un Etat dans l’Etat [imperium in imperio]» (TP 2 / 6). L’expression «imperium in imperio» apparaît également dans la célèbre préface à l’éthique III. Dans ces deux passages, Spinoza critique l’hypothèse selon laquelle l’homme est gouverné par son propre règne, plutôt que les lois qui régissent le reste de la nature. C’est précisément cette position que Spinoza tente de détruire quand il écrit dans l’Éthique que «les lois et les règles de la nature … sont toujours et partout le même» et dans le Traité Politique que «si l’homme est conduit par la raison ou uniquement par le désir , il ne fait rien qui ne soit pas en conformité avec les lois et les règles de la nature»

La philosophie politique de Spinoza :

En bref, en adoptant le point de vue que la nature est univoque et que l’homme est régie par les mêmes lois que tout le reste dans la nature, Spinoza rejette la tradition du droit naturel toute entière. Et même si le naturalisme de Spinoza est considérée comme faisant partie d’une tendance naturaliste, dans la pensée politique néerlandaise, son désaveu des conceptions normatives de la nature et le rejet de la téléologie indique une nette rupture avec la tradition. Pour apprécier la profondeur et la signification du naturalisme de Spinoza, il sera utile de comparer ses opinions sur le droit naturel et l’obligation de Hobbes.

La philosophie politique de Spinoza est une extension logique de sa vision de la nature humaine. Pour comprendre les fins, les sources, et la justification de l’autorité politique, il faut retourner au principe du conatus et des axiomes associés de Spinoza.

 

5 Responses

14/10/2011

[…] La politique chez Spinoza […]

  • 09/10/2012

    […] entend démontrer la vérité sur Dieu, la nature, l’homme, la religion et la vie bonne (hormis la politique). En effet, Spinoza procède par définitions, axiomes, scolies et corolaires, autrement dit de […]

  • 09/10/2012

    […] cité libre. En accédant à la connaissance vraie, l’homme redevient un Dieu pour l’homme. La politique de Spinoza se confond avec son Ethique et […]

  • 13/12/2012

    […] La Politique chez Spinoza – Cours de Philosophie 16 mai 2012 … Néanmoins, la philosophie de Spinoza comporte un volet politique important dont les écrits ont une signification et une influence durables sur … […]

  • 23/11/2014

    […] La politique selon Spinoza […]

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