Le Visage chez Levinas


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levinas visage

Levinas : “Le Visage Parle”, entre éthique et ontologie

La philosophie d’Emmanuel Lévinas est essentiellement éthique et porte sur la relation du sujet à autrui, autrement dit Levinas essaie de renouveler la pensée de l’intersubjectivité de manière radicale. Pour Levinas, l’éthique est la philosophie première.

Dans Éthique et Infini, l’une de ses oeuvres majeures, Levinas définit la morale comme un absolu qui règle l’existence avec une rigueur implacable et désigne la relation à autrui, ce qu’il nomme la responsabilité-pour-autrui. Selon lui, la relation à autrui est asymétrique : la réciprocité des actions ne peut pas être attendu par le sujet, il doit agir sans savoir ce qu’autrui fera, même si le sujet doit y laisser sa vie. Ainsi, Lévinas renverse la morale de l’autonomie développée par Kant (dont l’autonomie était le point névralgique) : c’est l’hétéronomie du sujet qui rend la morale impérieuse.

Pour penser l’éthique, faisons un bref retour sur l’ontologie de Lévinas. Pour lui, l’homme fait face à l’ “il y a”, c’est-à-dire à l’être impersonnel, sorte de nul part entre l’être et le néant. Pour sortir de l’ “il y a”, autrui doit être vu comme une relation “désintéressée”, il fait que l’homme existe pour-autrui.

Comment rencontre-t-on autrui ? Le Visage

L’expérience d’autrui prend la forme du visage. Qu’est-ce que le visage ? Le visage, chez Lévinas, ne doit pas être compris au sens propre : le visage de l’homme excède toute description possible (couleur des yeux, forme du nez, …)

Lévinas décrit le visage comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement qui, en soi, sans adjonction de paroles explicites, supplient le sujet. “Mais cette supplication est une exigence” de réponse, une exigence de soutien et d’aide :

Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place“.

Le visage lévinassien est une métaphore qui sert à décrire plusieurs phénomènes :

  • le regard est connaissance, perception. Or le visage est peut s’envisager sur un mode épistémologique car l’accès au visage est d’emblée éthique.
  • pour avoir une relation sociale avec autrui, il ne faut pas l’objectiver, le décrire.
  • le visage est dénudé, offert, exposé, sans défense.
  • le visage est ambivalent : il signifie à la fois invitation à tuer, mais aussi interdiction de tuer.
  • le visage est signification, mais signification sans contexte : le visage est sens à lui seul.
  • le visage “parle”. Or, ce visage exige qu’on lui réponde, qu’on réponde de lui. L’apparition du visage est un commandement moral, un ordre.
  • le visage désigne une pauvreté pour lequel je peux tout et à qui je dois tout.

Conclusion de l’explication

Chez Lévinas, le visage c’est l’expressif d’autrui, qui me renvoie à ma responsabilité totale : je dois répondre de tous les autres. La subjectivité est investie chez lui d’une responsabilité totale, elle soutient le monde, au point de faire d’elle l’otage d’autrui. En quelque sorte, Lévinas a radicalisé l’approche de Kant en incarnant la loi morale dans la figure d’autrui. Par rapport à Sartre ou Hegel, Lévinas a posé l’antériorité du Bien par rapport au mal dans la relation moi/autrui.

Une citation de Dostoievski peut à elle seule résumer la pensée de Lévinas : “Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres

 

4 Responses

22/05/2012

[…] Le visage  […]

  • 21/06/2012

    […] Le visage  […]

  • 26/07/2012

    […] Le Visage chez Lévinas […]

  • 18/11/2012

    […] asymétrique et irréversible. Le propre de l’éthique – selon  Emmanuel Lévinas et Hans  Jonas – est de commander sans rien promettre en échange. Mais que commande-t-elle? […]

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