Le Moi est haïssable

Extrait des Pensées de Pascal sur l'amour-propre et la vanité de la nature humaine :

Le moi est haïssable. Ainsi ceux qui ne l'ôtent pas, et qui se contentent seulement de le couvrir, sont toujours haïssables. Point du tout, direz vous ; car en agissant comme nous faisons obligeamment pour tout le monde, on n'a pas sujet de nous haïr. Cela est vrai, si on ne haïssait dans le moi que le déplaisir qui nous en revient. Mais si je le hais, parce qu'il est injuste, et qu'il se fait centre de tout, je le haïrai toujours. En un mot le moi a deux qualités ; il est injuste en soi, en ce qu'il se fait le centre de tout ; il est incommode aux autres, en ce qu'il le veut asservir ; car chaque moi est l'ennemi, et voudrait être le tyran de tous les autres. Vous en ôtez l'incommodité, mais non pas l'injustice ; et ainsi vous ne le rendez pas aimable à ceux qui en haïssent l'injustice : vous ne le rendez aimable qu'aux injustes, qui n'y trouvent plus leur ennemi ; et ainsi vous demeurez injuste, et ne pouvez plaire qu'aux injustes.”

Ce célèbre texte de Blaise Pascal dénonce les excès d'une subjectivité auto-centrée, orgueilleuse, inauthentique (pour utiliser la terminologie de Sartre ou Heidegger). Plutôt que de se considérer comme le centre de tout, Pascal appelle la subjectivité à se faire modeste et à se tourner vers Dieu.

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7 Comments

  1. says: HB

    S’aimer soi-même, soit ! Mais ne concentrer ses efforts que sur l’image que l’on veut donner aux autres, cela est moralement abject ! C’est aussi en cela que Pascal affirmait que ” l’homme qui n’aime que soi-même ne hait rien tant que d’être seul “… Réfléchissez, voltairiens à ce que vous pensez…

  2. says: jamet roger

    la considération du moi vue par l’autre ne peut être que le reflet de ses propre valeurs et qualités.Aussi sommes nous tous des miroirs.Autrement dit, la faiblesse de l’un se perçois dans l;autre.Le moi est légitimé,et naturel en ce besoin de considération nécessaire à l’être afin d’être en sa conscient un état de moi.La faiblesse en ce sens,provient de cette incapacité à percevoir sont état,recherchant constamment par se fait à confirmer sont état en l’affirment à travers le miroir de l’autre.

  3. says: Xavier Roederer

    M. Voltaire n’a pas écrit “s’aimer soi-même”, mais “aimer lui-même “, ce qui est tout autre chose…

    S’aimer soi-même n’est ni la vanité ni l’orgueil. C’est être capable de porter sur soi un regard juste et indulgent à la fois, aimant et sans compromis pour autant. Equilibre subtil, difficile à trouver et à maintenir.

    L’humour, capacité à se moquer de soi-même, qualité peu française, en est un indicateur. Et c’est un signe de maturité.

    Peut-on aimer les autres si l’on ne s’aime pas soi-même ? Si l’on ne s’accepte pas tel qu’on est ? Sans doute… mais cet amour ne sera pas porteur de paix.

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