The Revenant: Une analyse philosophique

The Revenant : survivre sans promesse de sens

Réalisé par Alejandro González Iñárritu et sorti en 2015, The Revenant est souvent présenté comme un film de survie ou de vengeance. Pourtant, réduire l’œuvre à ces catégories revient à manquer l’essentiel. Le film propose avant tout une réflexion radicale sur la condition humaine : que reste-t-il de l’homme lorsque toute structure sociale, morale et symbolique disparaît ?

À travers le personnage de Hugh Glass, laissé pour mort dans une nature indifférente, The Revenant interroge une question centrale de la philosophie moderne, proche de celle développée par Albert Camus : peut-on continuer à exister lorsque le monde ne garantit plus aucun sens ?

Une nature sans intention

Contrairement à une tradition romantique qui fait de la nature un refuge ou une source de sagesse, The Revenant la présente comme profondément indifférente. La forêt, le froid, les rivières ne sont ni hostiles ni bienveillants : ils sont simplement là.

L’attaque de l’ourse illustre cette absence totale d’intention morale. Il n’y a ni faute, ni châtiment, ni leçon. La violence ne signifie rien. Elle survient, puis disparaît. La nature ne juge pas l’homme et ne répond pas à sa souffrance.

Cette indifférence rejoint directement ce que Camus nomme l’absurde : la confrontation entre l’attente humaine de sens et le silence du monde.

Survivre plutôt que vivre

Après son abandon, Hugh Glass ne vit plus au sens ordinaire du terme. Il survit. Survivre ne signifie pas poursuivre un projet ou rechercher le bonheur, mais continuer malgré tout.

À ce stade du film, une phrase agit comme une maxime minimale :

“Tu peux te battre tant que tu respires”

Cette phrase ne relève pas de l’héroïsme. Elle exprime une logique presque biologique. Tant que le souffle est là, la lutte continue. Cette persistance rappelle la conception de la volonté développée par Schopenhauer, pour qui le vouloir-vivre ne promet ni bonheur ni justification morale.

Le film montre ainsi un homme réduit à ses fonctions vitales les plus élémentaires : respirer, manger, avancer. La pensée abstraite s’efface. Il ne reste que le corps confronté à la douleur et au froid.

La vengeance comme faux horizon

La mort du fils de Glass et la trahison de Fitzgerald donnent au récit une direction apparente : la vengeance. Pourtant, le film ne fait jamais de celle-ci une véritable réponse existentielle.

Une phrase prononcée dans le film résume cette impasse :

“La vengeance est dans les mains du Créateur”

Loin d’énoncer une morale religieuse, cette phrase marque surtout une limite : la vengeance ne restaure pas le monde. Elle prolonge ce que la violence a déjà détruit.

Lorsque Glass renonce à tuer Fitzgerald de sa propre main, le film ne montre pas un pardon, mais un épuisement. La vengeance cesse d’être un moteur crédible du sens.

Une absence de transcendance

Les références spirituelles présentes dans The Revenant restent fragmentaires. Les visions et symboles religieux ne sauvent pas. Ils n’interrompent ni la souffrance ni la violence.

Il n’y a ni miracle, ni justice divine, ni rédemption. La souffrance n’est pas expliquée. Elle n’est pas compensée. Le film s’inscrit ainsi dans une vision profondément moderne, où l’homme ne peut plus compter sur une transcendance pour donner sens à son existence.

Persister sans illusion

À la fin du film, Hugh Glass déclare :

“Je n’ai plus peur de la mort”

Cette phrase ne marque ni une sagesse acquise ni une paix intérieure. Elle exprime un dépouillement total. Lorsque tout a été perdu, même la peur de mourir s’éteint.

Le dernier regard caméra n’est pas une victoire. Il affirme simplement une présence. Celle d’un homme vivant dans un monde qui ne lui promet aucun sens.

Conclusion

The Revenant ne raconte ni la domination de l’homme sur la nature, ni la restauration d’un ordre moral. Il montre ce qui subsiste lorsque tout s’est effondré : un corps, une volonté minimale, et la persistance de l’existence.

Le film rejoint ainsi une intuition philosophique centrale : le sens n’est pas donné par le monde, mais l’existence continue malgré son absence. Et parfois, continuer est déjà tout.

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